Sur les limites de la diplomatie

N. Lygeros




La Belgique est un cas exemplaire en ce qui concerne la diplomatie européenne. Présente dans le noyau central de l'Union Européenne via l'entité du Benelux, la Belgique s'est toujours efforcée d'être ouverte aux élargissements successifs sans pour autant perdre sa propre identité. Malgré la taille de cet état, il est incontestable que son rôle est important au sein de l'Union Européenne et pas seulement en raison de l'existence du parlement européen à Bruxelles. Dans sa politique extérieure, la Belgique a toujours fait preuve d'une neutralité exemplaire bien que celle-ci ait été largement bafouée par le régime nazi dans le but d'envahir la France par la suite. Cependant malgré cet échec cuisant qui représente un exemple caractéristique de combat perdu entre une structure démocratique et un régime autoritaire, ou peut-être justement en raison de cela, la Belgique s'est lancée dans sa politique d'ouverture européenne qui constitue pour le moment, ainsi que l'a prouvé le temps passé, une bonne défense. Pour cela, elle exploite toujours une diplomatie tout en nuances qui lui permet d'être au front des deux côtés à la fois.

Ainsi la Belgique quant à la question orientale, prone l'utilisation des critères de Copenhague mais suggère qu'ils soient affaiblis. Elle est favorable à l'ouverture de négociations avec la Turquie mais défend la proposition de la Commission européenne à savoir la stratégie sur trois piliers et en particulier la possibilité de suspendre de manière unilatérale les négociations en cas de violation grave et persistante des principes démocratiques de base. Elle est pour le principe d'équivalence de tous les pays membres mais soutient la possibilité permanente d'interrompre la libre circulation des travailleurs en provenance de la Turquie. Elle ne considère pas que la reconnaissance du génocide des Arméniens de 1915 constitue un préalable à toute négociation mais plaide pour une résolution du conflit régional actuel avec l'Arménie. De même l'invasion et la non reconnaissance de Chypre par la Turquie qu'elle ne considère que comme un différend n'est pas une condition nécessaire pour elle mais doit intervenir avant l'adhésion. Enfin elle affirme qu'elle interviendra auprès de la Turquie pour que sa frontière avec l'Arménie soit ouverte sans préciser pour autant de quelle manière.

Ces exemples caractéristiques de discours diplomatiques mettent en évidence que la politique de la Belgique ne constitue pas l'application d'une stratégie dominante mais celle d'une diplomatie consciente des dangers de la question orientale mais aussi de ses répercussions au sein même de l'Union Européenne. Nous savons tous que dans le domaine de la diplomatie cette stratégie est payante dans un cadre strictement démocratique alors qu'elle dégénère de manière brutale dans une situation conflictuelle qui fait intervenir un régime autoritaire puisque celui-ci peut exploiter largement les faiblesses de cette largesse. Ainsi le cas de la Belgique est tout à fait révélateur des limites de la diplomatie en géostratégie. Et c'est uniquement en cela qu'il pourra servir de cas d'école pour l'Union Européenne.







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