Le génocide arménien et le problème chypriote

N. Lygeros




Le sommet de Bruxelles vient de montrer de manière indirecte la différence fondamentale qui existe entre la reconnaissance du génocide arménien et la résolution du problème chypriote, à savoir le droit de véto. Certes cela n'est pas clairement visible si nous n'examinons que le résultat final. Par contre la connaissance des étapes intermédiaires permet de situer la limite du domaine des pressions. En effet, durant les négociations nous avons vu le Royaume-Uni tenter par tous les moyens de faire accepter à l'Union Européenne et surtout à la Démocratie Chypriote un accord oral de la part de la Turquie quant à la signature du protocole et c'est uniquement le droit de véto du président chypriote qui a permis d'une part de résister à ces pressions et d'autre part de faire mentionner explicitement dans le paragraphe 19, la nécessité de la signature du protocole avant la date d'ouverture des négociations. Par ailleurs, comme nous l'avons vu quelques jours auparavant, la reconnaissance du génocide arménien avait été mentionnée bien qu'elle ne fasse pas partie initialement à l'instar du problème chypriote, des critères de négociations. Cependant, les rebondissements des négociations du sommet européen ont montré que ce sujet n'a pas fait l'objet de discussion et pour la simple et bonne raison que l'Arménie n'appartient pas à l'Union Européenne et n'a pas le droit de véto. Dans le cas contraire, comme pour le problème chypriote, une mention explicite et écrite aurait été obtenue. Cette différence de facto dans le domaine diplomatique ne provient pas d'une différence statutaire et pas même juridique puisque même le code pénal de la Turquie condamne à 10 ans de prison toute mention au problème de la reconnaissance du génocide arménien et toute mention au départ des troupes turques qui occupent la partie nord de l'île de Chypre. Ces deux entités existent pour la même raison à savoir la volonté de la Turquie d'épurer son sol et ce qu'elle considère comme son espace vital de tout élément étranger. Après avoir commis un génocide contre les Arméniens et une invasion contre les Chypriotes, elle tente à présent d'effectuer un génocide de la mémoire pour les uns et une colonisation pour les autres, même si ces deux procédés représentent des crimes contre l'Humanité.

Avec la candidature orientale, l'Union Européenne met en évidence ses faiblesses dans les domaines d'une part de la défense des droits de l'Homme et d'autre part de la politique étrangère. Il est certain qu'il est toujours possible de trouver l'intersection de toutes les volontés nationales néanmoins cette intersection est bien souvent de très faible envergure et n'est jamais proportionnelle à la puissance de l'entité européenne. Ce manque de cohésion et de cohérence est particulièrement visible lorsqu'il s'agit de questions épineuses et sans doute la constitution européenne pourra quelque peu remédier à ces défauts. En attendant, nous devons nous contenter de quelques avancées stratégiques qui sont essentiellement dues à la possibilité d'utiliser le droit de véto. C'est pour cette raison que nous devons être très vigilant quant à l'évolution de la situation au sujet de la candidature orientale. Car il ne s'agit ni d'un candidat facile ni d'une diplomatie démocratique comme ce sommet vient de le confirmer. Une autre approche de ces problèmes sera nécessaire si nous voulons parer l'Union Européenne d'un outil stratégique efficace.







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