Le jour de la nuit

N. Lygeros





 Tableau IV

Dans la cuisine du manoir. Lucien et Olivier se tiennent près de la cheminée. Ils regardent le feu qui s’éteint.

 

Lucien

Le Maître est mort. Silence.

Olivier 

Au commencement, la mort.

Lucien 

Le Titan est enchaîné à nouveau.

Olivier 

Les cordes du temps se tendent.

Lucien 

Elles ne se briseront pas.

Olivier 

Si c’était le cas nous serions à jamais condamnés à vivre dans cette branche d’univers.

Lucien

A y vivre c’est un point mais aussi à y mourir.

Olivier 

Le temps de la préparation est fini.

Lucien 

Et nous n’avons pas pu communiquer avec le Maître.

Olivier 

Ceci n’est pas certain.

Lucien, surpris.  

Comment ?

Olivier

Roland  a exploité une idée d’Agnès sur le luth.

Lucien 

Explique-moi cela.

Olivier 

Agnès nous a appris que les tablatures pour luth n’existaient que depuis 1507.

Lucien

C’est vrai cependant je ne vois pas le rapport.

Olivier 

Roland  a créé dans la pièce où se trouve le Maître l’hologramme d’une partition pour luth.

Lucien 

Mais c’est anachronique !

Olivier 

Comme nous ne pouvions pas communiquer avec le Maître sans perturber l’environnement spatial…

Lucien

Vous lui avez envoyé un message anachronique.

Olivier 

Oui, c’est l’idée.

Lucien 

Comment être certain que cela ne l’a pas perturbé ?

Olivier

Le processus s’est déclenché quelques instants avant sa mort.

Lucien 

Juste le temps de l’informer.

Olivier 

Sans déformer.

Lucien 

J’en déduis que tu étais toi aussi de la partie.

Olivier 

Il fallait miser !

Lucien 

Et le résultat de cette folie?

Olivier 

Une augmentation anormale de l’activité cérébrale.

Lucien 

Comme dans un sommeil paradoxal.

Olivier

Un rêve temporel…

Lucien

Une vision du futur.

Le feu s’est éteint dans la cheminée. 

Olivier

Il s’est éteint.

Obscurité. 

Nestor et Roland  accroupis sur l’ordinateur portable.

Nestor 

Alors cela donne quoi ?

Roland 

J’ai réussi à capter les ondes thêta.

Nestor 

C’est tout ?

Roland  

C’est un ordinateur, pas un chapeau de magicien !

Nestor 

Désolé… Ces machines m’exaspèrent.

L’écran change de couleur et éclaire leur visage. 

Que se passe-t-il ?

Roland  

Il lit !

Nestor 

L’ordinateur ?

Roland  

Mais non !

Nestor 

C’est lui ?

Roland  

Il n’y avait que lui dans la pièce.

Nestor 

Bon sang !

Roland  

Regarde !

Il lui montre l’écran.

Nestor

La divergence ?

Roland   

Non le gradient.

Nestor

Il avait du mal au début.

Roland 

Il a déchiffré le code des notes.

Nestor  

Et ensuite il a commencé à lire la partition.

Roland   

Oui mais regarde le pic, ici !

Nestor  

Que représente-t-il ?

Roland   

Un changement de phase.

Nestor  

Compréhension et compression.

Roland   

C’est Chaitin qui aurait été content.

Nestor  

Quelle puissance cette élégance ! (Un temps.) Mais ce n’est pas tout.

Roland   

Quoi donc ?

Nestor  

Il y a quelque chose de pensé à cet endroit.

Il montre un point précis de l’écran.

Roland 

Mais je ne vois rien !

Nestor

Ne peux-tu pas analyser cet endroit du graphe ?

Roland tape un code.

Roland   

Il n’a pas seulement pensé.

Nestor  

Il a parlé, n’est-ce pas ?

Roland 

Oui, je crois que nous allons pouvoir l’écouter.

Nestor  

Cette machine est diabolique !

Roland   

Faust diabolique ? Quelle drôle d’idée !

Nestor

Il l’a capté !

Roland   

« La musique, qui se consume dans l’acte même de sa naissance. »







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