L'argument frontalier

N. Lygeros




En matière de politique européenne, il est toujours surprenant de constater à quel point le monde est petit. Ceci est encore plus vrai lorsque nous nous restreignons au domaine économique. Dans la plupart des cas, la frontière est toujours pointée du doigt afin de libérer chacun des pays concernés d’un malaise social local. Il est pourtant plus surprenant de constater que ce processus demeure valable et est largement utilisé au sein de l’Union Européenne. Car dans un cadre partiellement unifié via les accords douaniers et les accords monétaires il est tout simplement difficile de mettre en évidence les différences. Néanmoins, elles existent et elles sont d’ordre économique. Quant à celles qui concernent l’aspect humain, elles sont mises en évidence par les frontaliers qui vont dans le sens de la pression économique. Ils visualisent le gradient économique mais ils ne sont pas que cela.

La capacité d’un pays à recevoir des frontaliers n’est pas seulement une question d’ordre économique sinon il ne s’agirait que d’une exploitation. Le cadre européen a grandement modifié cette approche même si les réflexes racistes demeurent comme l’a montré encore récemment l’argument polonais en France. Car il était basé sur une expérience du passé et a été introduit pour réactiver d’anciennes mentalités. Cependant il faut bien se rendre compte que ce type de relations entre les états n’est pas toujours dans le même sens. Et le cas du Luxembourg est particulièrement exemplaire pour l’ensemble de l’Union Européenne.

Le Luxembourg, ce creuset européen, n’est pas simplement une source de richesse. Il n’est pas non plus un simple équivalent de la Suisse dans l’Union Européenne. Au contraire le Luxembourg a toujours été ouvert sur l’Europe et l’histoire a démontré sa capacité à œuvrer dans le sens positif pour la construction de l’Union Européenne. Il est donc important d’analyser les processus de part et d’autre des frontières qui bien qu’elles soient factices désormais permettent d’étudier les ancrages de chaque partie même si les deux sont dans le champ théorique de la percolation. Car il s’agit avant tout des hommes et pas seulement des infrastructures. Les frontaliers ont la capacité de constater les différences et de découvrir le caractère fallacieux de l’argument polonais puisqu’ils représentent eux-mêmes un contre-exemple vivant. Certains analystes diront sans doute que cela ne représente qu’une faible partie de la population. Cependant si les chiffres de référence sont ceux du Luxembourg alors ce nombre ne peut plus être considéré comme négligeable. De plus l’intérêt des frontaliers n’est pas simplement d’ordre économique même si ce dernier représente une cause initiale pour la plupart d’entre eux. Le cadre de vie du Luxembourg qui est très européen par nature permet aussi le développement personnel.

L’argument frontalier aurait dû être exploité bien avant mais il est encore temps de le faire afin de ne pas tomber dans les mêmes pièges d’un populisme exacerbé. Ici, il ne s’agit aucunement d’un phénomène de mondialisation, au contraire la Constitution Européenne permet de mettre en place un cadre qui ne se contente pas d’être un simple marché. L’Union Européenne a son mot à dire dans le cadre de l’évolution de la pensée dans le monde et elle le dira.







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