En avant de la révolution

N. Lygeros




Les journaux ne se trompaient pas. Son entrée avait été remarquable et remarquée. Ils écrivirent à son sujet : « Il parle avec une éloquence rare, une précision au-dessus de son âge ; il eût semblé que c’était le génie de la patrie qui l’inspirait ici dans ce moment. ». « Sa dialectique très fine, sa grande netteté d’élocution, la pureté de ses intentions et sa chaleur patriotique » étaient incontestables et ce, pour tous, aussi bien ses amis que ses futurs ennemis. Car il ne pouvait en aller autrement. Il s’écria lui-même comme pour se justifier : « Vous ne savez donc pas quelle est la force de la vérité, quelle est l’énergie de l’innocence quand elle est défendue par un courage imperturbable. » Même Mirabeau ne put s’empêcher de dire : « Il ira loin, il croit tout ce qu’il dit. » Maximilien était intègre non par choix mais par nécessité. « Je ne sais point trahir ma pensée pour caresser l’opinion générale..., j’ignore l’art de conduire le peuple au précipice par des routes semées de fleurs. » Il préférait « exciter des murmures honorables plutôt que d’obtenir de honteux applaudissements. » Mais le plus important sans doute à ses yeux c’était de ne jamais se borner à l’assemblée.
« Au-delà de cette étroite enceinte... mon but est surtout de me faire entendre de la Nation et de l’Humanité. » Cette grandeur que d’autres auraient sans aucun doute gratifiée de démesurée était son inébranlable caractéristique. L’assemblée n’avait été qu’un moyen d’expression et non un but ultime. Il ne s’adressait pas seulement aux députés, il s’adressait aux hommes. Son unique juge n’était ni le roi, ni le président mais l’Humanité tout entière. C’était à elle seule qu’il appartenait. Il n’existait pas d’autre intermédiaire. Et c’était dans ce sens qu’il était en avant de la révolution. Elle aussi n’était qu’une étape et non la fin d’un processus. C’était une transformation cruciale mais une transformation tout de même. L’évolution ne suffisait plus. Il avait fallu une révolution. Non pas pour saccager et abolir mais pour construire et créer un nouveau monde où les privilèges seraient à jamais bannis. Seulement ce changement de phase devait être minutieusement préparé. Les tribunes de l’assemblée ne suffisaient pas. Il devait d’abord trouver les Jacobins. Les frères et amis qui peuplaient la salle de la rue Saint-Honoré étaient précieux. C’était grâce à eux qu’il avait pu asseoir son influence sur les sans-culottes parisiens et à travers eux répandre sa pensée sur l’ensemble du territoire français via la chaîne multiple des sociétés affiliées. Pourtant il ne faisait cela nullement par intérêt. Il se le devait pour défendre sa cause, celle du peuple opprimé. C’était pour cette raison qu’il avait été l’un des premiers à adhérer à la Société des Amis de la Constitution qui imposait à ses membres la fidélité aux principes que l’assemblée était en train d’élaborer. Car en allant en avant de la révolution, Maximilien voyait déjà la nécessité d’une Constitution. La déclaration des droits de l’homme était devenue une nécessité afin de transformer les existences enclavées en véritables vies.







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