Le génocide des Arméniens comme condition sine qua non

N. Lygeros




Le génocide des Arméniens qui a été reconnu par le Parlement Européen en 1987 et le Conseil de l’Europe en 1998, a de plus été reconnu nationalement dans l’ordre chronologique par Chypre, la Grèce, la Belgique, la Suède, l’Italie, la France, la Slovaquie, les Pays-Bas, la Bulgarie et la Pologne. Cette liste qui ne sera jamais assez longue, démontre néanmoins la nécessité de généraliser la reconnaissance au niveau de l’ensemble de l’Union Européenne. Ainsi la reconnaissance du génocide des Arméniens doit être désormais considérée comme une condition sine qua non pour adhérer à la structure européenne étant donné qu’elle correspond à ses fondements éthiques et aussi institutionnels. Il est d’ailleurs plus qu’heureux que la Bulgarie ait reconnu ce génocide avant son entrée officielle dans l’Union Européenne. Et il devra en être de même pour la Roumanie qui a récemment reconnu sa propre implication dans la Shoah et dans la persécution du peuple Tsigane. Il est donc nécessaire d’imposer cette reconnaissance à tout candidat à l’entrée dans l’Union Européenne et ceci est particulièrement vrai pour la question orientale. Car cette fois il ne s’agit pas simplement d’un pays dont la neutralité serait coupable pour les victimes du génocide. Non cette fois il s’agit du pays qui est le principal, pour ne pas dire l’unique responsable du génocide des Arméniens. Nous qui sommes sur le point de ratifier la Constitution Européenne et sa Charte des droits fondamentaux, nous ne pouvons accepter un second génocide, le génocide de la mémoire. Le génocide des Arméniens est imprescriptible et la reconnaissance est nécessaire pour l’Humanité. L’Union Européenne n’a tout simplement pas le droit de l’oublier. Sinon malgré nos précédentes reconnaissances nous serions nous-mêmes des complices de ce crime contre l’humanité. C’est pour cette raison que nous ne pouvons entamer des négociations sans auparavant avoir imposé la reconnaissance du génocide comme une condition préalable. Car la reconnaissance n’est pas négociable et cela l’Union Européenne doit le faire respecter sans aucun compromis. Il ne s’agit pas d’un accord commercial quelconque, il s’agit d’une question de principe. L’éthique que nous choisissons c’est celle qui nous caractérise en tant qu’entités humaines. Cependant le génocide des Arméniens ne nous laisse aucun choix. Il représente un devoir de mémoire. Nos ancêtres, ceux qui ont survécu et surtout ceux qui ont péri n’ont pu nous laisser que cela. Car tout le reste a été emporté par les souffrances de la vie et de la mort. Désormais il ne nous reste que la mémoire, aussi si nous acceptons de l’oublier, c’est comme si nous renions leur propre existence. Il est intolérable que sous prétexte d’accords commerciaux ou sociaux, nous acceptions non seulement d’aliéner notre éthique mais tout simplement de l’effacer. Le début des négociations ne peut se faire si le pays candidat n’accepte pas notre éthique et ne reconnaît pas ses crimes. Il ne s’agit pas seulement d’un crime contre l’humanité. C’est la négation de l’humanité. Parler de reconnaissance du génocide des Arméniens n’est pas une question ponctuelle que de nombreuses personnes ont oubliée, c’est une question primordiale qui caractérise notre propre identité.







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