Sur le temps de la diplomatie

N. Lygeros




La question chypriote devenue désormais européenne met en avant la notion du temps de la diplomatie. Comme l'Union Européenne ne fonctionne que dans le cadre diplomatique pour différentes raisons qu'il est inutile d'énumérer ici, il est important de comprendre la structure du temps de la diplomatie. En réalité, nous nous retrouvons dans une position analogue à celle qui est obtenue dans le cadre d'une procédure judiciaire où nous serions à l'affût du moindre vice de forme, plutôt que de rechercher véritablement une solution. A un moment, le génocide des Arméniens a été utilisé pour promouvoir l'idée des conditions sine qua non. Mais l'enjeu historique était bien trop dangereux et compromettant pour être exploité dans le cadre d'une procédure de ce genre. Aussi il a été choisi de mettre en avant le problème chypriote mais en le décontextualisant afin d'activer une abstraction formelle sur un mode institutionnel. Ce procédé extrêmement classique en diplomatie stratégique permet avant tout de faire gagner du temps et ceci est particulièrement apprécié lorsqu'il y a des dates butoir critiques. De plus, dans le cas précis de la question orientale se mêle des paramètres qui interviennent à plusieurs niveaux. L'un d'entre eux c'est celui de la position commune de l'axe franco-allemand. La conséquence directe de l'existence de ces paramètres met en exergue les élections en Allemagne. Ainsi, si nous sommes attentifs aux dates, il est difficile de ne pas constater un glissement temporel. Initialement nous avions le 25 août qui est devenu le 31 août. Ensuite nous avions le 1er et le 2 septembre qui sont devenus le 7. Par la suite, ce dernier s'est mis à se déplacer sans calage précis au point qu'il a fait apparaître la date du 26 septembre i.e. une semaine avant le 3 octobre et surtout après les élections en Allemagne. Si de plus nous tenons compte de l'électorat allemand qui en raison de la composition de la population est sensible au problème de la candidature orientale, nous saisissons toute l'ampleur et la dimension du temps de la diplomatie qui exploite un jeu positionnel avec des mouvements minimaux car il n'est pas prévu d'effectuer le moindre sacrifice. La partie n'est pas simple puisqu'elle se joue avec de nombreux joueurs qui ne sont pas tous dans un cadre coopératif. Seulement c'est justement cette caractéristique qui est utilisée pour mettre en exergue le temps de la diplomatie. Car lorsqu'il s'agit de prendre une décision importante dans des conditions critiques, l'inertie du système diplomatie et les frictions qu'elle engendre ne sont pas forcément négatives du point de vue stratégique.







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