Lettres du passé

N. Lygeros




                                                             Mocou, 19/01/1905

Stepan,
l’hiver est d’un blanc trop rude
et les colombes mortes.
Notre seule lueur d’espoir
vacille dans le noir
près de l’image du passé.
Blessés, dans cette obscure enclave,
nous lutttons tels les esclaves
d’un soleil rouge.
Notre terrre a besoin
d’un feu.
Ton frère,
                Boris

                                                              Saint-Pétersbourg, 23/01/1882

Stepan,
tu es dans le vrai lorsque tu dis : « Choisissez la charité et guérissez le mal de chaque jour, non la révolution qui veut guérir tous les maux, présents et à venir ». Non seulement en termes d’efficacité mais aussi sur le plan humain.
Il est, en effet, plus aisé de voir le futur comme une succession de présents que comme un avenir lointain. Il est plus facile de se laisser porter par la vague du présent que de se heurter à l’horizon du futur. Car pour penser le futur, nous avons besoin de la mémoire du passé.
Mais le passé, pour nous, n’est que servage et esclavage. Le passé doit être détruit le plus possible, pour vivre enfin dans ce présent que la tyrannie nous refuse.
Il faut faire table rase des traditions, briser les liens du pouvoir et prendre le chemin de la révolte.
Chaque instant de ta vie représente un choix et choisir, c’est se priver. Si tu laisses vivre ton cœur en ton sein alors ta vie ne sera qu’une longue suite de privations et de regrets.
N’oublie jamais que tu ne vis pas pour l’idéologie, la cause est ton ontologie.
Ton camarade,
                       H







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