Tactique versus stratégie

N. Lygeros




Evolution des résultats devant les rencontres machine-homme.

1988 : Deep Thought - Bent Larsen : 1 – 0
1989 : Deep Thought – Garry Kasparov : 0 – 2
1997 : Deep Blue – Garry Kasparov : 3,5 – 2,5
2002 : Deep Fritz – Vladimir Kramnik : 4 – 4
2003 : Deep Junior – Garry Kasparov : 3 – 3
2003 : X3D Fritz – Garry Kasparov : 2 – 2
2005 : Hydra – Mickael Adams : 5,5 – 0,5

Ces résultats montrent incontestablement que le niveau des machines n'a pas simplement progressé comme avaient pu le dire les spécialistes, il y a deux décennies de cela. Les machines se sont hissées parmi les meilleurs joueurs d'échecs au monde. De plus, elles parviennent désormais et ce manière systématique à mettre en défaut les champions du monde comme Garry Kasparov et Vladimir Kramnik. Néanmoins, les concepteurs ne se contentent plus d'améliorer le jeu de leur machine. Ils désirent comme le montre l'exemple le plus frappant à savoir Hydra explorer la zone des plus de 3000 en terme de classement Elo. Aussi cette fois, il ne s'agit plus de lutter contre l'homme mais tout simplement d'imposer une suprématie absolue. Néanmoins malgré ces résultats spectaculaires, nous devons constater et ce, de manière factuelle, que les progrès ne correspondent pas à une avancée stratégique. En réalité, toute la recherche de pointe se concentre désormais sur la tactique via la force brute. Certes certains programmes exploitent des aspects stratégiques. Mais il faut bien avouer que les machines les plus performantes ne vont que dans le sens de la force brute. Aussi il serait aisé d'affirmer qu'elles ne développent pas ce que nous appelons une pensée stratégique. Au premier abord, cela semble presque un truisme. Cependant si nous abordons ce problème de manière quelque peu non conventionnelle via le test de Turing, l'isomorphisme de Sidis, la cybernétique de Wiener et le comportementalisme robotique de Brooks alors il n'est plus véritablement possible d'effectuer une réelle différence. Bien sûr les méthodologies sont différentes pour ne pas dire opposées mais elles ne sont pas contradictoires dans le sens où elles aboutissent au même résultat. Aussi si le résultat représente le critère en matière d'intelligence du jeu, il est certain que les projections des méthodologies sont isomorphes aussi il n'est pas possible de faire des distinctions théoriques. Mais le véritable problème qui apparaissait dans les premiers propos de Garry Kasparov à la suite de son second match contre Deep Blue, c'est la possibilité de l'interprétation cognitive d'actes qui ne le sont pas. Cela semble biaiser le problème mais en réalité il existe désormais une correspondance directe avec la mentation de Brooks. De manière extrême, nous pourrions dire que le problème n'est pas de nature ontologique mais phénoménologique. L'important n'est pas l'être mais le paraître. Aussi la tactique extrême semble a posteriori interprétable comme le développement d'une stratégie. Ainsi dans la zone des plus de 3000 en termes de classement Elo, la différence n'est plus aussi nette, aussi l'opposition n'est plus adéquate.







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