Des limites du langage à la vision de Leonardo da Vinci

N. Lygeros




Une des grandes problématiques de Leonardo da Vinci, c’est celle des limites du langage. Celle-ci ne s’explique pas seulement par son aversion de l’académisme et des lettres dans le sens de la scholastique. Son jugement est encore plus sévère dans le cadre de ses études anatomiques.



« Avec quels mots, égaleras-tu dans ta description la figure complète que restitue ici le dessin ? Faute d’en avoir connaissance, tu n’as qu’une description confuse et ne donnes qu’une faible idée de la vraie forme des choses ; tu es dans l’illusion en croyant que tu peux pleinement satisfaire l’auditeur, s’il s’agit d’évoquer des choses massives qu’entoure une surface. » 


Sa critique est claire et  pose le problème de la codification lexicale de la structure géométrique. La surface ne peut visualiser la complexité du volume interne. En vérité sa critique s’appuie littéralement sur un problème mathématique parce que la frontière d’une entité ne peut décrire l’ensemble de cette dernière que dans de rares exceptions. Tandis que des cas comme le crâne, le cerveau ou le cœur nécessitent une connaissance interne des données.



« Avec quels mots décriras-tu le cœur que voici sans en remplir un livre ? Plus tu rentreras longuement dans le détail, plus tu mettras de confusion dans l’esprit de l’auditeur ; tu auras toujours besoin de commentaires ou de renvoi à l’expérience, mais celle-ci est bien courte pour nous, et n’a trait qu’à peu de choses au regard du sujet dont tu souhaites la connaissance complète. »


Il est évident que la préoccupation de Leonardo da Vinci est tout à fait concrète, il ne s’engage pas dans une polémique formelle. Le problème de la supériorité de la vision sur le langage, c’est celui qu’il rencontre lorsqu’il veut décrire ses découvertes. Pour synthétiser l’ensemble de ses expériences anatomiques, il ne peut utiliser que le dessin qui est le produit de sa vision et de sa compréhension des phénomènes. D’ailleurs, il ne considère le dessin que comme un rapport synthétique de ses observations. Le fer de lance de son activité intellectuelle demeure l’expérience elle-même. Car pour lui, rien ne vaut cette dernière pour accéder à la connaissance. S’il critique le langage, c’est que pour son œuvre celui-ci est limité et ne peut l’aider à transcrire ses pensées. Nous ne devons donc pas analyser et interpréter la critique de Leonardo da Vinci comme une attaque formelle ayant pour but de mettre en avant la supériorité de la peinture. Nous devons la contextualiser dans le cheminement et l’ensemble de son œuvre pour la comprendre dans toute sa dimension. Il ne désire pas seulement décrire, il veut être capable de décrire sa compréhension. Ainsi le langage qui a déjà des problèmes dans le domaine de la simple taxinomie, ne peut suffire à coder ses schémas mentaux géométriques. C’est cela la problématique que met en exergue Leonardo da Vinci aussi accordons-lui toute son envergure.







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