Soulèvement et assassinat

N. Lygeros




« Les détails qui nous arrivent prouvent que ce ne sont pas les Arméniens qui se soulèvent, mais bien les Musulmans qui assassinent et pillent. » 5 novembre 1895.


Emilie Carlier (épouse d’un consul de France)


Actuellement, à travers la désinformation, nous entendons de plus en plus souvent non pas des propos qui nient catégoriquement l’existence du génocide des Arméniens mais aliènent sa nature afin de l’intégrer dans un cadre polémologique et via ce biais parer l’accusation de la communauté internationale. Dans cette tentative nous voyons apparaître systématiquement l’idée que ce sont les Arméniens qui se sont soulevés et pour cette raison le régime turc les a écrasés. Cependant les évènements historiques sont clairs et il en est de même pour les témoignages de l’époque. Le problème, c’est que l’appareil de propagande turc tentait déjà en 1895 de promouvoir l’idée de soulèvement pour justifier ses assassinats collectifs. Cette manière de procéder est encore d’actualité. L’appareil turc déforme les faits pour influencer les pays neutres. Seulement face à un génocide même la neutralité est coupable. Cette culpabilité provient de l’ignorance initiale mais surtout de l’ignorance finale qui persiste malgré l’histoire. En réalité, cette tentative n’est que l’expression d’une crainte fondamentale du régime turc d’avoir en son sein des éléments subversifs chrétiens sur lesquels il ne pouvait compter pour expliquer sa nouvelle politique d’intégration. Aussi celle-ci s’est littéralement transformée en politique d’épuration qui a naturellement évolué en génocide via son caractère systématique. Seulement c’était sans compter sur les innombrables témoignages de l’époque et l’activité sans relâche du peuple arménien. Le réseau de témoins sans être formé par les circonstances, s’est contenté de décrire des situations locales. Et c’est pour cela qu’il n’a pas été éliminé par le régime turc. Son caractère local ne constituait pas une menace pour sa vaste entreprise génocidaire. Mais avec le temps et les recherches, ce réseau est devenu une véritable base de données pour constituer le chef d’accusation des bourreaux. Car à présent nous pouvons organiser ces informations, les recouper et les diffuser de manière beaucoup plus efficace. C’est ce travail de recherche que craint désormais le régime turc. Il s’est construit sur le génocide des Arméniens et la reconnaissance de celui-ci revient à remettre en cause ses fondements mêmes. C’est pour cela que cette diffusion doit être d’une part coordonnée et d’autre part poursuivie par des procédures judiciaires comme les recours à la Cour Européenne des Droits de l’Homme afin de garantir non par leur véracité mais par leur capacité à transformer le génocide, via le processus de réparation, en véritable vision arménienne.

















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