Le paysage conceptuel de Leonardo da Vinci

N. Lygeros




Pour Leonardo da Vinci, le paysage n’est pas un simple fond indépendant des personnages du tableau. Il l’utilise dans un cadre conceptuel qui lui permet de l’englober dans sa vision du monde. C’est un élément de sa construction mentale qui associe la proximité au lointain. Sa structure est interpénétrable afin de mettre un réseau de connections entre les différentes singularités du tableau. Le paysage chez Leonardo da Vinci est non seulement conceptuel mais aussi multilocal. Car dans le paysage, nous découvrons des univers détails. Chaque paysage est le prétexte pour l’étude d’objets qui deviennent à travers la main du maître objets d’étude. Ces détails sont sans aucun doute superfétatoires pour un observateur moyen mais ils sont primordiaux si nous désirons comprendre l’évolution de la technique et de la pensée de Leonardo da Vinci. Sa conception du détail montre indirectement son penchant pour l’universalisme intellectuel. Il donne de la valeur à chaque détail car dans sa pensée, ils ont une valeur essentielle. Ils s’assemblent pour constituer les maillons d’une chaîne mentale qui donne un sens à l’ensemble du tableau. D’une certaine manière, la géométrie des lieux est capable de supporter les structures que nous nommons objets. Il exploite ainsi la déformation de l’espacetemps pour manipuler les masses chromatiques. De plus, grâce à l’utilisation de la technique du sfumato, il unifie l’ensemble de son réseau d’actes tactiques qui sont le résultat d’une stratégie globale. Cependant cette unification ne voile pas tout le substrat conceptuel. Il sert dans un premier temps de liant et ensuite de révélateur structurel. Il permet de séparer les observateurs des concepteurs. L’observation ne révèle que la peinture tandis que la conception imagine l’architecture mentale. Le procédé de Leonardo da Vinci change l’évolution des paysages en créant une rupture conceptuelle car il recompose les éléments principaux. Il les transforme via cette ponctuation picturale. La ponctuation de Leonardo da Vinci modifie le phrasé pictural. Et l’observateur est obligé de prolonger son regard afin de découvrir de nouvelles perspectives au sein du tableau. Sans cela, il ne peut pénétrer l’intelligence du tableau. Certes cela rend plus difficile la lecture du tableau mais en même temps, il montre la voie à suivre pour le comprendre. Sans les détails, le tableau demeurerait inaccessible. Avec les détails du paysage, l’accès est difficile mais possible car la voie existe. La compréhension du génie universel de Leonardo da Vinci passe par l’analyse des détails et la synthèse du paysage. Celui-ci en tant qu’élément révélateur de la scène sert aussi de percepteur structurel. L’intégration des données picturales s’effectue via une approche holistique. Car c’est la seule qui soit capable d’incorporer la vision de Leonardo da Vinci dans un cadre cognitif abstrait où les détails ont un sens et ne sont plus considérer comme tels. A travers le paysage et son traitement par Leonardo da Vinci, nous percevons de manière plus efficace non pas son fonctionnement technique mais cognitif. Ce fait à lui seul justifie notre existence en tant qu’observateurs.







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