Le petit homme

N. Lygeros




Durant des heures, il restait assis sur l’angle du grillage. Personne ne pouvait comprendre son comportement. Il avait beau pleuvoir, l’enfant restait impassible. Il ne jouait pas avec les autres. Pourtant il ne savait pas encore que d’autres hommes dans le passé avaient fait le même geste que lui. Cela semblait déraisonnable pour les autres. Pourtant le même schéma mental avait traversé le temps. Certains hommes ne pouvaient se contenter d’appartenir à la société sans rien dire. Et il en était de même pour l’enfant même s’il se taisait. Parfois des curieux s’approchaient de lui. Ils le regardaient avec suspicion mais aussi avec crainte, jamais avec compassion. Ils ne savaient souffrir, aussi ils ne pouvaient le comprendre. Ils préféraient parler de lui plutôt que de lui adresser la parole. Quant à l’enfant, il se contentait de scruter le ciel. Celui-ci était désespérément vide. Il était bleu comme la mémoire mais les signes demeuraient invisibles. Il lui faudrait des jours pour les déchiffrer. Qu’importe si les autres ne voyaient en lui qu’un dilettante, incapable de jouer comme les autres, avec les autres mais jamais pour les autres. Il était l’autre et l’un était absent. Il n’était que l’un de l’autre. Et il était seul. Si les signes n’existaient pas, il lui faudrait les écrire. L’absence du mythe n’était qu’un prétexte. Il devait en créer un, ni comme les autres, ni avec les autres mais pour les autres. Aussi lorsqu’il décida de descendre parmi les autres, il savait déjà qu’il écrirait pour les autres l’histoire de l’homme.







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