Avocats et Innocents

N. Lygeros




Dans notre lutte pour la reconnaissance du génocide des Arméniens, nous ne devons pas nous baser uniquement sur les historiens. Il est certain que leur rôle est fondamental pour la cause mais celle-ci ne peut se restreindre à eux. La mise en exergue du problème de la reconnaissance et parfois même du processus de réparation peut aussi s’effectuer par des artistes, des cinéastes, des peintres ou même des poètes. Cependant nous devons être conscients que l’impact de ce type d’action est extrêmement réduit au sens stratégique du terme. En effet, ces actions s’adressent avant tout au peuple arménien et dans le meilleur des cas brise l’indifférence de certaines personnes qui se prétendaient neutres en raison de leur ignorance des événements. Seulement le souvenir des morts n’est pas nécessairement la défense des innocents. Celle-ci, grâce au droit international et à l’existence de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, peut désormais s’effectuer via les avocats. Via note expérience, tout à fait concrète, nous connaissons les réticences, parfois légitimes, des réfugiés pour s’adresser à des avocats. De plus, dans une problématique comme celle de la reconnaissance de génocide des Arméniens où parfois même les juges sont suspectés de défendre les intérêts des Nations et non des Hommes, il est naturel que les réfugiés soient difficiles à convaincre sur les qualités des avocats. Néanmoins ce serait une très grave erreur de les accuser de cette manière et dans leur ensemble. Les hommes sont rares et les individus nombreux. Ce principe est tout aussi valable pour les avocats que pour les réfugiés. Aussi le problème n’est pas de les différencier de manière éthique. L’idée est de trouver des hommes qui peuvent défendre la cause et agir efficacement afin d’obtenir des résultats probants qui puissent être utilisés du point de vue stratégique. Différents échanges nous ont permis de constater que ces avocats existent. Ici notre propos n’est pas de faire une liste exhaustive de ces derniers. Nous voulons simplement mettre en avant le fait que des hommes comme Maître Haytoug Chamlian prouvent par leurs écrits que la cause arménienne n’est pas seulement un paramètre dans leur vie. Elle joue un rôle central, car il s’agit de défenseurs des droits de l’Homme qui ont eux-mêmes une histoire et un passé. Aussi ils ne peuvent manquer de penser au futur. L’avenir de la cause arménienne dans un contexte international dépend désormais beaucoup plus d’eux que des historiens. Ces derniers ont fourni et fournissent suffisamment de matériel pour que celui-ci soit exploité par les avocats afin d’exercer une pression judiciaire et économique sur l’appareil turc. Seulement ces dernières ont une importance réelle. Elles nuisent au système dans sa propre structure. Comme il ne s’agit pas d’une attaque étatique mais individuelle, la défense des bourreaux est beaucoup plus difficile à mettre en place car le front est multilocal. Le champ existe, les avocats existent, c’est donc aux réfugiés d’agir désormais pour que l’innocence ait un sens.







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