Lausanne, Londres et incohérences

N. Lygeros




Une autre manière d’aborder les Accords de Lausanne et le rôle de la Turquie, c’est de mettre en évidence des incohérences entre traités censés s’appliquer au même endroit. Le point de vue défendu ici, est strictement d’ordre logique. Si le Traité A possède des articles qui sont en contradiction avec ceux du Traité B qui a été signé ultérieurement, il doit être considéré comme obsolète sur ces points. Si les Accords de Lausanne ne s’appliquent pas d’une part et certains de leurs articles sont remis en cause par des décisions géopolitiques postérieures alors pourquoi parler de validité.

Le cas que nous allons traiter est celui de Chypre à travers Lausanne (1923) et Londres (1955). Ce cas met en évidence la stratégie gagnante mais illégale de la Turquie. En effet l’étude précise des Accords de Lausanne permet de montrer à travers l’existence des articles 20 et 21, que la Turquie n’a plus aucun droit sur l’île de Chypre. Les articles sont extrêmement précis non seulement au niveau étatique mais aussi quant à la minorité turco-chypriote qui doit prendre la nationalité anglaise puisque l’île de Chypre appartenait aux Anglais à cette époque. Les articles donnent des délais précis au-delà desquels les citoyens sont tous considérés comme Anglais et ne peuvent revendiquer leur appartenance à la Turquie. Il est sans doute inutile de préciser que ces directives n’ont jamais été appliquées et qu’elles sont même inconnues par la plupart de la population chypriote. Celle-ci est persuadée que les Accords de Lausanne ne concernent pas Chypre.

Par ailleurs, après la rencontre à Londres (29 Août-7 Septembre 1955) de l’Angleterre, de la Grèce et de la Turquie, il semble évident que grâce aux interventions des Anglais, la Turquie a obtenu de nouveau un droit de regard sur l’île de Chypre en tant que force de garantie de paix au même titre que la Grèce et l’Angleterre. Chypre revendique au cours de ce sommet son autodétermination mais la Turquie fait pression sur l’Angleterre et la Grèce, en précisant qu’elle romprait immédiatement toute alliance avec elles. Grâce à cela, la Turquie obtient, à l’encontre des textes des articles des Accords de Lausanne, un droit sur Chypre. Malheureusement bien que cette contradiction ait été mise en exergue par les représentants chypriotes, les parties n’en ont pas tenu compte.

Nous avons donc désormais deux articles des Accords de Lausanne qui sont tout simplement dénués de sens, sans pour autant que celle-ci n’ait été modifiée pour être cohérente avec cette nouvelle décision. Depuis ces faits, la Turquie a montré indirectement qu’elle n’avait nullement appliqué le Traité de Lausanne de 1923 à 1955 sans que personne ne lui tienne grief. Cela signifie que la signature d’un Traité ne représente rien, stratégiquement parlant, si elle n’est pas suivie de son application. Cela signifie aussi que les Accords de Lausanne ne sont pas d’un seul tenant et que des actions multi locales peuvent en venir à bout.







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