Sur le misérabilisme social

N. Lygeros




Les gens ne vivent plus au jour le jour. La société leur a acheté un avenir. Celui-ci n’est pas seulement misérable, il est aussi certain. Et c’est cette certitude en l’avenir, en cet avenir qui entraîne l’acceptation. Le paradoxe provient du fait que la société ne désire pas le changement. Elle ne croit pas au futur seulement au présent. Aussi la certitude qu’elle propose quant à l’avenir n’est en réalité que la continuation du présent. La sécurité n’est possible qu’avec l’acquis et encore pas en toute circonstance. Le revers de la médaille, c’est que cet acquis est misérable. Certains se contentent du RMI, d’autres de l’ANPE et encore d’autres de la retraite. Car la continuation du présent est absolument opposée à tout dynamisme. Car la continuation est un mouvement stationnaire pour ne pas dire statique. Aussi les gens s’enferment dans cette enclave sous prétexte de ne rien risquer. Or c’est justement le risque qui permet la diversité et la complexité. C’est aussi pour cette raison qu’en économie nous ne parlons plus de catastrophes, pas même de récession mais uniquement d’équilibre inégal. Pour palier au précaire, nous proposons aux gens le confort du misérabilisme social. Grâce à ce dernier les gens sont heureux ou plutôt ils le deviennent car nous les convainquons qu’ils le sont. Ils acceptent donc un bonheur imposé. Après tout, pourquoi refuser le bonheur ? Il n’y a pas de mal à cela, pensons-nous naïvement. Seulement pourquoi refuser l’avenir, pourquoi refuser le changement ? Une évolution est-elle possible dans ces conditions ? La réponse est simple : certainement pas. D’ailleurs, nous le savons bien, aucune société ne désire une réelle évolution car elle se sait à l’avance condamnée à devenir le passé. Or elle ne connaît pas le passé car elle ne le connaît plus. Pour elle, le passé, c’est le néant. Aussi devenir le passé, c’est s’anéantir. Non, la société propose son misérabilisme car elle est certaine de cette manière de ne prendre aucun risque. Les gens s’en contentent et ils ne revendiquent rien de plus, et surtout pas la fin de la société. C’est pour l’ensemble de ces raisons que les hommes deviennent par la force des choses des résistants. Leur naissance est un acte de résistance et leur vie une révolte. A l’instar de la bioéthique qui prévoit que l’on ne peut imposer une vie misérable à un être vivant, les hommes ne peuvent accepter le misérabilisme social. Car ils sont avant tout des créateurs d’évènements or ces derniers ne peuvent prendre de place dans le présent de la société. Ils appartiennent par définition à un futur dont la société ne veut pas. Ils apportent la différence et la diversité dans un monde parfaitement homogène car identique en tout point. En tant que singularités, les hommes ne peuvent plier sous les contraintes de la société. Par contre, la société peut les briser. S’ils ne se réunissent pas, s’ils ne constituent pas des groupes de résistance, et des réseaux d’informations, les hommes sont condamnés à vivre. Tout le problème provient donc de la nature du bonheur que nous acceptons car bien souvent ce n’est qu’un ersatz du misérabilisme social.







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