Union Européenne versus Turquie

N. Lygeros




Dans le cadre des négociations entre l’Union Européenne et la Turquie, il est préférable d’avoir une vision polémologique. En effet, ces négociations tiennent plus de la confrontation que de la discussion. Il s’agit d’une différence d’ordre stratégique mais aussi d’ordre cognitif. Le problème principal de l’Union Européenne est l’absence provisoire d’une Constitution qui permet de lui offrir un cadre organisationnel important vis-à-vis de l’extérieur. Cette absence qui est le résultat de tensions internes, ne peut être que de plus en plus néfaste dans le cadre d’une confrontation agressive comme celle qui se déroule avec la Turquie. Celle-ci au contraire est très unie via un appareil central qui contrôle l’ensemble du territoire aussi bien géostratégique que mental. L’état profond, selon la terminologie en cours, permet de servir de substrat nationaliste et de plateforme diplomatique rigide. Cela permet à la Turquie d’exploiter une technique de l’Empire Ottoman à savoir l’impossibilité d’appliquer des protocoles ou articles de convention en raison de l’instabilité interne et de la possibilité, toujours potentielle, que certains éléments locaux de la population s’insurgent face à cette probable application. C’est ce type de schéma mental qu’elle utilise pour ne pas reconnaître le génocide des Arméniens, l’existence de la République de Chypre, le statut d’autonomie des Kurdes, le caractère œcuménique du Patriarcat de Constantinople. Son réseau d’information ne se contente pas de désinformer vis-à-vis de l’extérieur mais aussi à l’intérieur comme le prouve la statut des enclavés grecs dans les îles de Imvros et Ténédos. L’ensemble de ces populations locales ne se sentent pas soutenues par une puissance étrangère aussi elles émettent le message désinformé qu’elles désirent l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne. En réalité, pour comprendre ce message, il suffit d’imaginer la réaction implacable de la Turquie si ces populations avaient affirmé le contraire. Ainsi elle maintient en otage des populations qui ne s’expriment pas librement. D’ailleurs, même les données techniques de l’état d’avancement des modifications internes du système structurel de la Turquie, prouvent la même chose. Les efforts qu’elle effectue ne sont que superficiels et ne vont jamais dans le sens contraire de ce qui est souhaité par l’état profond. D’un autre côté, l’Union Européenne qui gère ces négociations comme s’il s’agissait de processus démocratiques, est encore, pour le moment en tout cas, incapable d’imposer des contraintes autres que diplomatiques. L’absence de réflexion d’ordre polémologique engendre de nombreux problèmes d’ordre stratégique mais aussi logistique, de plus la tactique adoptée s’avère hautement inefficace malgré les efforts effectués en matière de communication. Car le problème avec la Turquie n’est pas d’ordre médiologique, pas même économique, puisque les accords à ce niveau existent déjà. Le problème est d’ordre stratégique. La Turquie cherche un point d’entrée dans l’Union Européenne afin de retrouver peu à peu la grandeur de l’Empire Ottoman. Et ce n’est pas un hasard, si nous voyons apparaître de plus en plus de tensions avec l’Autriche. Il serait temps que les peuples de l’Union Européenne examinent plus précisément leurs passés et en particulier leurs Traités, s’ils désirent véritablement un avenir.







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