Remarque sur la citation de l’Ambassadeur de France à propos du Traité de Berlin

N. Lygeros




« La Porte n’avait pas été heureuse dans le choix de ses plénipotentiaires. Tandis qu’elle aurait dû faire défendre sa cause par des Ottomans de grande envergure, elle l’avait remise à des agents de second ordre et qui, de plus, pour des raisons diverses, ne pouvaient obtenir l’influence du Congrès. L’un, Carathéodory, chef de la mission, était Hellène de race et de religion, l’autre, Méhémet Ali, Prussien d’origine et renégat, le troisième, Sadoullah, insignifiant. Il y avait là, et nous le savions tous, un calcul singulier de psychologie turque : on avait éprouvé à Constantinople la plus vive répugnance à compromettre un grand personnage de l’Islam dans une négociation qui, tout en atténuant les clauses de San-Stefano, consacrerait, une fois de plus, des empiétements sur les domaines et sur la souveraineté du Sultan. On préférait donc laisser la responsabilité à un raya, en se flattant que les cours chrétiennes prendraient cette nomination comme un acte de déférence. Or, rien n’était plus loin de leur pensée. Elles n’ignoraient pas qu’à Stamboul un chrétien n’a jamais qu’une position subalterne, et que la direction réelle des affaires n’appartient qu’aux musulmans. Carathéodory, dont nul ne méconnaissait assurément la haute intelligence, le loyal caractère, l’instruction très étendue et les mérites de diplomate et d’écrivain, n’en était pas moins le ministre transitoire et un pacha de circonstance, et, comme tel, malgré ses rares talents et ses laborieux efforts, demeurait sans action sur la haute Assemblée. »

Comte Charles de Mouy, Ambassadeur de France, Plon-Nourrit, 1909.


Grâce au texte de l’Ambassadeur de France, nous voyons, ainsi que nous l’avions démontré indirectement, que la situation d’Alexandre Carathéodory était tout simplement intenable. Il était exploité par le système de l’Empire Ottoman qui savait que le Traité de Berlin ne pouvait que lui être négatif. Il était donc mis en avant en tant que chrétien pour ne pas infliger une défaite à un haut dignitaire musulman. Alexandre Carathéodory s’est rendu compte de l’impossibilité de manœuvrer dans ce cadre et via son télégramme de Berlin à Constantinople, il a demandé officiellement son remplacement en tant que plénipotentiaire. Mais le ministre de la Sublime Porte a refusé sa demande ainsi que nous le voyons dans le texte du rapport secret. Par ailleurs, du point de vue grec, il n’est pas étonnant qu’Alexandre Carathéodory soit critiqué en tant que raya. Aussi sa position diplomatique ne peut être défendue d’aucun côté. Sa présence au congrès de Berlin doit donc plus être interprétée comme un concours de circonstance que comme un acte d’honneur ou de traîtrise. En somme, le cadre diplomatique ne permettait aucunement à son intelligence de briller et d’obtenir des résultats. Sa loyauté n’est elle-même pas à l’abri des critiques car il demeure chrétien en toute circonstance. Aussi il ne peut être totalement digne de confiance pour l’administration ottomane même si cette dernière préfère avoir affaire avec lui dans le cadre de l’hégémonie de Samos et la direction de la Crète où se trouve une majorité de chrétiens. Il était donc utile dans une certaine mesure car il n’était pas assez nuisible. Il fut donc habilement utilisé par la Sublime Porte afin de permettre à celle-ci de jouer un double-jeu qui ne fut qu’un jeu de dupes au Congrès de Berlin.







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