Les Balkans du Caucase

N. Lygeros




En examinant la carte du Caucase, il est difficile de ne pas penser au contexte des Balkans. En effet, écrasés par la pression de trois grands pays, à savoir la Russie, l’Iran et la Turquie, trois petits pays, l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Géorgie, constituent une région extrêmement instable. Cette instabilité est d’une part externe – ce sont les revendications territoriales effectives – et d’autre part interne – ce sont les revendications et la guerre du Haut-Karabagh. Nous avons donc une double instabilité qui provient directement de la confrontation de l’Empire ottoman et de la Russie puis de l’Union Soviétique. Il faut de plus dans ce contexte explosif rajouter la question kurde qui crée une autre interférence à l’interface Turquie Iran. Enfin, il est nécessaire de tenir compte de contacts avec l’Union Européenne puisque la Turquie est candidate et les trois petits pays Arménie, Azerbaïdjan et Géorgie sont dans la première phase de relation. En tenant compte de l’ensemble de ces conditions géostratégiques et dispositions géopolitiques, le fait de considérer l’Arménie comme un état stable relève soit de l’ignorance soit de l’inconscience. Cette configuration est le résultat de la non application du Traité de Sèvres et de l’application multiple et sélective des Traités de Moscou, de Kars, de Lausanne et d’Ankara. Sans vouloir remettre au goût du jour la célèbre phrase de Clémenceau sur les Traités et les Accords, il est néanmoins difficile de ne pas constater l’existence de tensions qui ne sont pas seulement de surface. En réalité, nous avons localement les conséquences de véritables mouvements de tectonique des plaques dans le domaine géostratégique. Il n’est donc pas prudent ni même intelligent d’attendre de l’Arménie avec ses frontières et sa surface actuelles de prendre des initiatives vis-à-vis de la candidature orientale mais de la problématique de la reconnaissance du génocide des Arméniens. La situation ne permet pas de justifier des choix politiques mais permet certainement de les comprendre. Par contre, elle met en évidence l’intérêt de remettre en place des partis arméniens en exil, dans le centre de l’Arménie. Car en l’absence de stabilité frontalière, la gestion et la tactique de modifications de ces dernières n’est pas une utopie politique. Le point est simple : il ne suffit pas de réclamer, il faut revendiquer. Et il ne suffit pas d’intenter un procès, il faut le gagner. Seulement il faut être conscient et réaliser que cela est possible. La problématique de l’Arménie Occidentale n’est pas une utopie pour l’Arménie Orientale. Au contraire, elle représente un moyen stratégique pour l’objectif de la stabilité territoriale car il est indispensable d’avoir des frontières naturelles au sens géographique du terme afin de reconfigurer les pourcentages de population, de manière à ce qu’ils soient compatibles. Car le vrai problème, c’est que les frontières de la Turquie sont totalement artificielles dans la région du Caucase et pas seulement. Car en Cilicie, de nombreux villages, arméniens en 1915, sont actuellement déserts ou faiblement habités et encore pas nécessairement par des populations turques. Aussi il faut bien réaliser que la reconnaissance du génocide des Arméniens n’est qu’une étape dans les Balkans du Caucase.







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