De l’Assemblée au Sénat

N. Lygeros




L’analyse du résultat obtenu quant au vote sur le projet de loi sur la pénalisation de la non reconnaissance du génocide des Arméniens permet de mettre en évidence le substrat des procédures ultérieures. Le résultat brut à savoir 106 pour, 19 contre et 4 abstentions, n’est pas révélateur en soi. Il est nécessaire de le contextualiser dans la politique française. Le projet de loi a été proposé par le parti socialiste via l’intervention d’une quarantaine de députés. Or les députés socialistes sont au nombre de 150 à l’assemblée. Si le projet de loi était entièrement le résultat du vote socialiste, nous devrions avoir 150 pour, au moins. Mais nous n’avons que 106 pour dont 40 du vote socialiste. Aussi il est facile de déduire que le parti socialiste en tant que structure n’est pas unanime sur sa propre proposition. En réalité, il en est de même pour tous les partis. Nous n’avons analysé le détail du vote socialiste qu’en raison du fait qu’il a proposé le projet de loi. Il est tout de même important de signaler que tous les votes du parti socialiste, du parti communiste et de l’U.D.F. étaient des votes positifs même si les représentants et les représentés étaient une minorité. C’est un point positif en termes médiologiques mais non politiques. De nombreux députés ne désiraient pas être présents de manière à ne pas déplaire. Il s’agit essentiellement de députés dont la position dépend de la communauté turque ou arménienne. Ceux-ci ne voient dans le vote ou dans la non présence qu’un moyen de jouer avec les rapports de population. Il ne s’agit donc pour eux ni d’un vote éthique ni d’un vote nomologique. Dans ce cadre, il ne faudrait pas oublier non plus les clivages politiques qui mettent en exergue les rôles de la majorité et de l’opposition. La première fonctionne dans le réel et la seconde dans le virtuel. Aussi nous avons des manifestations partisanes qui ne concernent pas le projet de loi lui-même. Dans le cadre étendu à savoir celui de la presse il est manifeste que le soutien au projet de loi a été faible, pour employer un euphémisme. L’influence orientale s’est fait sentir à tous les niveaux. De peur de froisser ou par conviction, la presse a été selon ses propres termes ouverte aux discussions historiques mais non politiques. C’est certes un moyen diplomatique de se positionner seulement il tient plus du tartufe que de Dom Juan. Il ne faut pas pour autant se plaindre car c’est dans l’ordre des choses dans les démocraties molles qui ne savent comment s’y prendre avec des régimes autoritaires durs. Cette analyse permet de mettre en évidence le terrain sur lequel la cause arménienne va lutter contre les indifférents et les fanatiques de l’oubli afin de faire passer la loi au Sénat. Il s’agit littéralement d’une autre paire de manches car nous nous retrouvons au sein d’une structure étatique. Il est à ce propos utile de mentionner que le projet de loi sur la reconnaissance du génocide des Arméniens avait débuté en 1998 et n’avait abouti qu’en 2001. Et vu le contexte plus difficile qui existe à l’heure actuelle, il est nécessaire d’être d’une part patient et d’autre part très organisé car le lobbying turc va activer et déployer toutes des forces. Le vote à l’assemblée était une nécessité mais il ne faut pas le considérer pour autant comme suffisant. Il ne représente qu’une étape dans notre action. Et celle-ci doit évidemment augmenter au niveau tactique pour affronter d’une part les rouages bureaucratiques et d’autre part le contrecoup des pressions turques. Nous avons gagné une bataille c’est certain mais il ne s’agit que d’une bataille aussi nous devons nous redéployer à présent.







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