Transcription de la lettre de Baltazzi à Alexandre Carathéodory du 29 Avril 1899

N. Lygeros




                                    Lureuil             29 Avril 1899
Mon cher oncle.
Je crois de mon devoir de vous
transmettre les quelques détails que
j’ai reçu au sujet du testament
de ma pauvre Maman.
Sauf la maison de Phalène toute
meublée qu’elle laisse aux enfants
Rangabé (à charge pour eux de payer
les 2/9 de la valeur aux cohéritiers.)
elle partage sa fortune en 3 parts
égales. En fait d’argent comptant
et actions il ne se trouvait que
1700 Dr. 75 actions Laurum et 5
Palegr. (environ 11 000 Dr.) En plus des
bijoux également à partager en
Trois parts.
En plus elle laisse 11 obligations
à lots de la Banque Nationale




Mais celles ci ne pourront être partagées
qu’au bout de 15 ans afin je pense de
ne pas avantage l’un ou l’autre en cas
d’un tirage heureux.
C’est moi qui suis nommé exécuteur
testamentaire et chargé en plus
de la gestion de Macarunia jusqu’à
sa vente. Les loyers seront encaissés
par moi et distribués ensuite en
parts égales aux ayant-droits.
Elle décide en outre que des sou-
venirs seront donnés aux parents
et amis. Mais ne me précise pas
si les objets sont spécifiés ou bien
si le partage se fera au choix
par les ayant-droit.
Dans une lettre particulière aux
enfants, elle donne toutes les
indications au sujet de son
inhumation. Les enfants n’ont




trouvé la lettre qu’après l’enterrement.
Connaissant à peu près les intentions
de leur Grd Mère, il semble qu’ils ont
deviné juste, sauf que ma pauvre
Maman avait choisi l église de
St Georges à Athènes et que la cérémonie
avait été ordonnée par les enfants
à l’église du Phalène qu’elle aimait
tant.
Je pense que devant reposer auprès
de sa fille Hélène, elle aurait voulu
que la cérémonie se fit à St Georges
en souvenir de Lucie dont la cérémonie
funèbre avait eu lieu en cette église.
Les enfants n’ayant pu rester en leur
Maison du Phalène, les convenances
s’y opposant parait-il formellement
sont allés, l’une chez tante Hélène
et l’autre chez tante Marie.
Moi je compte m’embarquer à Mar-
                                                seille




vers le 22 Sept. pour être à Athènes
vers le 26.
Iliopulos actuellement à Athènes
a été parait-il plein d’attention
pour les enfants. Comme je ne
voulais absolument pas envoyer
de plein pouvoir pour le retrait de
l’argent et des actions afin de
payer certains frais, j’ai expédié
d’ici tout l’argent nécessaire
pour payer les dettes de Maman
et subvenir aux frais des enfants.
Outre que sans nécessité absolue
il me répugnait de procéder
avec rapidité au partage de
l’argent de ma pauvre mère
j’ai voulu aussi et surtout
prendre auparavant quelques
renseignements concernant la
loi qui régit les enfants Photadiès.
Pour les garçons rien à dire, ce




sont des enfants exceptionnels et re-
marquables Vania surtout par leurs
qualités de cœur.
Mais il y a B dont je me méfie
singulièrement. En présence de
ma pauvre mère, de Mme Photiadès,
dont je ne saurai jamais assez vous
chanter les louanges, tant elle a
été admirable pour ma pauvre
maman, et d’Etienne, je leur ai
déclaré qu’à mon avis B est
une pauvre malade du cerveau
et qu’avant de penser à la marier
il fallait à tout prix la faire
entrer dans un établissement
spécial, sans leur cacher néan-
moins que je pensais quant à moi
que la guérison serait fort longue
à venir.
A maintes reprises B dans
des conversations avec des tiers




avait pour ainsi dire tracé un
tableau brillant de son avenir grâce
à la part d’héritage qui devait lui
revenir de sa Grd Mère.
Aujourd’hui changement de tableau
elle parle de se faire religieuse ca-
tholique, s’est déjà coupé les cheveux,
ne parle que religion mais néanmoins
suscite à tout moment de nouveaux
ennuis à son père et à Mme Photiadès.
Demain elle pourrait revenir sur
cette décision et alors je crains que
si la moindre irrégularité était
commise, les enfants Rangabé
en pâtiraient les premiers, car
en ce qui me concerne il lui sera
difficile de me causer un ennui
quelconque personnel.
L’âge exact de B je l’ignore
elle doit pourtant avoir bien près
de 21 ans. Ce serait l’âge de
sa majorité en Grèce. Mais étant




fille de rajah je me demande si
la loi grecque est pour elle le loi com-
pétente, ou bien si ce sont les lois
du Patriarcat qui la régisse, et alors
l’âge de majorité est-il le même
ou bien diffère-t-il.
J’ai dû vous parler bien longuement
de cette malheureuse enfant mais
comme je sais que vous pourrez me
donner les renseignements voulus au
sujet de sa majorité, j’ai cru vous
expliquer les raisons qui m’imposent
cette prudence vis-à-vis des enfants
héritiers de ma sœur Hélène.
Quant aux titres de Macarunia
Iliopulos les a actuellement et
je l’ai prié de vous expliquer quelle [est]
la nature de ces titres.
J’ai reçu la lettre si affectueuse
de la tante Cassandra. Je la




remercie en lui baisant respec-
tueusement les mains.
Je félicite Etienne de ses succès.
Pauvre Maman que de fois ne
m’a-t-elle pas demandé à ce sujet
de prendre des renseignement[s] auprès
d’Etienne Carathéodory. Non pas
qu’elle fut inquiète quant aux succès
mêmes, mais elle était impa-
tiente de le savoir retourné
auprès de Vous.
Je vous serre affectueuse-
ment les mains et suis Votre
         tout dévoué neveu.
                                    EBaltazzi







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