De la normalité à la naissance de l’exceptionnel

N. Lygeros




Le paradoxe intrinsèque de l’égalité absolue c’est le concept de normalité. L’égalité absolue qui ne veut pas tenir compte des différences devient naturellement le principe identitaire. C’est en ce sens que l’égalité se transforme subrepticement en identité. Le développement n’autorise plus d’approximation et veut réduire à néant le terme d’erreur. Aussi si celui-ci persiste il est interprété comme une déviation par rapport à la normale. C’est ainsi que naît la notion d’exceptionnel par rapport à la normalité. Aussi le caractère exceptionnel n’est pas au premier abord une donnée intrinsèque. Il est absolument relatif au concept même de normalité. Et il n’a donc rien d’exceptionnel dans le sens figuré du terme. Car un être ne peut être exceptionnel que grâce à l’existence de la masse. Et plus cette dernière est grande, plus il sera possible d’assurer l’existence de l’exceptionnel. Seulement le problème intrinsèque de l’exceptionnel, c’est qu’il est par définition considéré comme un terme d’erreur à éliminer afin que l’équation de l’identité fonctionne pleinement. Ainsi l’exceptionnel doit à la masse et à la normalité simultanément son existence et sa condamnation. Et c’est uniquement cette naissance de ce type qu’autorise la normalité sociale.
Dans ce cadre, nous voyons que l’exceptionnel représente un crime ontologique. Il n’est donc pas étonnant que sa téléologie soit un châtiment. Dans l’autre sens, nous pouvons dire que l’égalité se transforme en acte d’accusation à partir du moment où elle constitue un dogme social. L’argumentation est on ne peut plus claire. Le principe initial est le suivant : toutes les personnes sont égales. Seulement il y a des exceptions. Aussi le principe se transforme ainsi : toutes les personnes doivent être égales. Nous pouvons durant un instant, mais un instant seulement, penser qu’il s’agit désormais d’un principe déontologique. Mais il n’en est rien car la société veut un résultat veut un résultat concret, à savoir l’application effective du dogme social. C’est pour cette raison que le principe devient catégorique et ce, dans les deux sens. La normalité engendre donc l’exceptionnel mais à une condition uniquement, à savoir son élimination ultérieure. Elle l’autorise par nécessité et elle l’élimine par devoir.
L’ensemble de ces considérations, implique sur le plan humain, que la société ne permet l’existence des enfants spéciaux et des enfants surdoués que s’ils parviennent à s’intégrer. Seulement nous comprenons désormais que cette intégration n’est qu’un euphémisme, pour éviter d’employer le terme plus coûteux en termes de répercussions, d’élimination. Nous réalisons qu’il serait plus judicieux de parler de véritable désintégration des exceptions afin de permettre la stabilisation du système par son retour à la normale. Dans cette nouvelle perspective il est plus facile de prendre conscience que ce n’est pas un aspect humain qui régit le processus d’intégration. Ce dernier est avant tout l’application effective du dogme social de l’égalité absolue. L’approche cognitive de l’ensemble permet de dénouer les rouages du dogme et de mettre en avant son substrat caché.
Ainsi si nous voulons véritablement étudier la notion d’exceptionnel dans le sens figuré du terme, nous devons l’extirper de ce cadre fallacieux. C’est uniquement de cette manière que nous pouvons aider les enfants spéciaux et les enfants surdoués. Sans cette nouvelle approche cognitive et humaine notre aide n’est qu’un acte illusoire dans un système qui ne l’est pas.







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