Traités et maltraités

N. Lygeros




Nous pensons maladroitement que les causes se perdent dans les guerres mais nous oublions les traités. Clémenceau qui était si habile et fervent défenseur de la cause arménienne, ne disait-il pas que les traités représentent une façon de poursuivre la guerre ? Nous nous concentrons sur les guerres car nous leur attribuons des qualités qui ont trait à l’honneur en oubliant que les traités manipulent le déshonneur. Dans ces derniers il ne faut pas seulement savoir gagner, il faut surtout savoir comment perdre. A ce niveau mais pas seulement, le traité de Berlin de 1878 est exemplaire. Alors que l’Empire ottoman court à sa perte, il parvient à perdre de manière à ce que ce traité soit meilleur pour ses intérêts que celui de San Stefano. Il faut dire que les Ottomans y étaient allés pour perdre et non pour gagner. Aussi chaque concession des autres est une victoire. Tandis que nous, nous désirons gagner car notre cause est juste et chaque concession est une défaite. Nous nous sommes laissé tromper par le traité de Sèvres sans comprendre que son existence ne faisait que préparer le traité de Lausanne. Victimes d’une forme d’humour diplomatique dont le fondement est le virtuel, nous ne parvenons pas à combattre nos ennemis car nous persistons à lutter dans les champs d’honneur. Seulement la réalité est autre. De nombreuses batailles se gagnent et surtout se perdent dans les Traités. C’est pour cette raison que nous avons bien plus besoin d’avocats, de juristes, de conseillers, de stratégistes que de guerriers, d’hommes de terrain et de stratèges. La pièce de théâtre se déroule dans les coulisses et dans les répétitions. Tandis que la représentation n’est que spectacle. On n’ y joue que ce que veut voir le public. On lui joue son utopie qui ne dure que le temps de la représentation ensuite les coulisses reprennent le dessus. Et même si la guerre peut être exploitée comme une politique des affaires étrangères, elle n’en demeure pas moins un outil diplomatique. Bien des causes justes ont été perdues car elles n’avaient pas réussi à mettre en place des moyens justes. La stratégie est toujours nécessaire, la tactique est toujours indispensable mais que valent-elles sans la logistique ? Nous devons intégrer ces nouvelles données si nous voulons réellement la libération des terres occupées. Nous ne pouvons plus nous contenter de dénoncer notre condition de maltraités, les autres s’en moquent éperdument. Nous devons penser notre existence si nous désirons qu’elle ait un avenir. Il ne s’agit donc pas de reprendre des arguments des organisations non gouvernementales. Car même si elles font ce qu’elles peuvent, elles ne font que ce qu’elles peuvent et rien de plus. Ce qui bien souvent est fort peu. Pourtant les moyens existent et ils peuvent être exploités. Néanmoins pour cela il faut dépasser le statut des privilèges internes et des frictions intrinsèques afin d’établir un mix stratégique efficace. Sans cela il est inutile de parler de la cause à moins que ce soit un tremplin pour autre chose.







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