La conscience de Fiodor

N. Lygeros




« …une lutte sans merci, une lutte à mort, se livre en ce moment entre le Gouvernement et les paysans. L’année qui s’écoule (1933) nous a permis de donner la mesure de nos forces. Il a fallu une Famine pour faire comprendre qui commandait dans ce pays. Le système de la culture collective a coûté des millions de vies, mais il est maintenant solidement établi. NOUS AVONS GAGNE LA GUERRE… »
Discours de KATAIEVITCH, membre du Comité Central du PARTI.

Fiodor : Vous avez affamé un peuple tout entier.
Joseph : Nous avons purgé l’histoire d’une infamie.
Fiodor : Vous avez commis un crime contre l’humanité.
Joseph : Notre régime n’avait que faire de ces traîtres.
Fiodor : Des traîtres, les enfants de notre terre ?
Joseph : Leur existence était une trahison pour notre régime.
Fiodor : La famine ne conduit jamais au régime, seulement à la mort.
Joseph : Nous devions éliminer ces enfants.
Fiodor : Car ils étaient la mémoire de leurs parents ?
Joseph : Ils mangeaient notre blé.
Fiodor : Votre blé ? Leur labeur ? Votre blé ? Leur maigreur ?
Joseph : Leur labeur, c’était notre bonté. Leur maigreur, notre volonté.
Fiodor : Et leur malheur, votre brutalité.
Joseph : Aucune pitié pour cette vermine.
Fiodor : Cette vermine, c’était notre chair.
Joseph : La pourriture n’est pas humaine.
Fiodor : C’est votre crime qui est inhumain.
Joseph : Cette famine, c’est notre fierté, notre ultime vérité.
Fiodor : Ce sera aussi votre châtiment.
Joseph : Qui osera nous condamner ?
Fiodor : La conscience de l’humanité !
Joseph : Qui croit encore à la dignité humaine ?
Fiodor : Les combattants de la barbarie.
Joseph : Une bande d’impuissants.
Fiodor : Aucun puissant ne sera épargné par la justice de la mémoire.
Joseph : La mémoire est aussi humaine que l’erreur !
Fiodor : La conscience ne peut oublier.
Joseph : Alors nous oublierons la conscience.
Fiodor : Tant que les bourreaux ne seront pas condamnés…
Joseph : Vous lutterez contre le néant ?
Fiodor : Les morts ne cesseront de crier !
Joseph : Ils crient dans le vide. Nul ne les écoute.
Fiodor : L’humanité les entend et elle vous condamnera.
Joseph : Qui peut ramener un passé oublié ?
Fiodor : La mémoire du futur !







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