Holodomor : de l’envergure de l’oubli à la grandeur de la mémoire

N. Lygeros




Le terme Holodomor n’est pas une abstraction pas même une abduction. C’est une réalité longtemps oubliée qui ne prend du sens que depuis peu. C’est dire l’envergure de l’oubli. C’est en ce sens aussi que le génocide des Ukrainiens contribue à la prise de conscience de la mémoire. Car dans ce cas, cette dernière n’est pas une sacralisation comme le prétendent certains. La mémoire est une survie dans le monde du néant et de l’oubli. Il ne s’agit pas de commémorer un évènement glorieux même si celui-ci pourrait être une défaite. Il s’agit de résister à la barbarie et la puissance de l’oubli. Alors que le génocide a eu lieu en 1933, ce n’est qu’en 1991 qu’il refait surface dans l’histoire du monde et encore si timidement qu’il a mis du temps pour déranger la société de l’indifférence. Holodomor nous démontre la puissance de l’oubli. Durant des décennies, il a été capable d’écraser la mémoire par son silence. Il ne s’agissait pas d’une non reconnaissance comme pour le génocide des Juifs et le génocide des Arméniens. Il s’agissait d’une inexistence. Avant même qu’il soit reconnu, il fallait qu’il existe. Or tout a été fait par la politique stalinienne pour démontrer son inexistence et ce a priori et non a posteriori. Aussi la cause ukrainienne a pris beaucoup de retard car elle ne pouvait pour ainsi dire commencer. Cette caractéristique est tout à fait fondamentale car elle prouve que les huit phases génocidaires ne forment pas une partition. Il y a des enchevêtrements. En particulier le processus de négation peut commencer dès la phase de l’élimination. De cette manière les victimes n’existent pas. C’est l’application plus abstraite encore du principe de déshumanisation. Celui-ci affirme que les victimes ne sont pas humaines pour permettre aux bourreaux de mieux les éliminer. L’enclenchement du processus de négation durant l’élimination n’offre plus aux victimes le droit d’exister. La politique stalinienne a procédé à un génocide hermétique, en vase clos. Seulement les hommes libres existent et malgré le temps de l’oubli et l’envergure de celui-ci, la grandeur de la mémoire demeure. Le génocide des Ukrainiens dans la lignée du génocide des Arméniens doit suivre la voie tracée par le processus de réparation. Ne serait-ce que parler du génocide des Ukrainiens sans même employer le terme de reconnaissance permet de déchirer l’oubli et de saisir le rôle transcendant de la mémoire et de la dignité humaine. La valeur du génocide des Ukrainiens provient de la résistance du peuple à exister malgré l’interdiction. Les ventres ronds ne doivent pas être morts pour rien. Il ne s’agit pas de répéter le slogan dépourvu de sens à savoir plus jamais cela. Car cela revient toujours et malgré tout. Mais plutôt de préparer les peuples à lutter dès les premières phases du processus génocidaire afin d’éviter celle de l’élimination. Les Ukrainiens existent malgré tout. L’appareil stalinien ne peut plus écrire le livre du rire et de l’oubli. Le signet n’a pas disparu. Il nous faut donc écrire pour exister et exister pour écrire.







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