La classification des perspectives par Leonardo da Vinci

N. Lygeros




A travers toute l’œuvre écrite de Leonardo da Vinci, la volonté de classifier est un schéma mental profond. Il ne faudrait pas pour autant le confondre avec la taxinomie car il ne se contente pas de classer. Leonardo da Vinci organise ses connaissances et les synthétise dans ses classifications.

« Il y a trois sortes de perspective : la première traite des règles de diminution des choses qui s’éloignent de l’œil, et on l’appelle perspective diminutive ; la seconde comprend la manière d’atténuer les couleurs à mesure qu’elles s’éloignent de l’œil ; la troisième et dernière s’emploie à expliquer comment les choses doivent être moins nettes proportionnellement à leurs distances. Et nous les appellerons : perspective linéaire, perspective des couleurs, perspective d’effacement. »

L’avantage de cette triple classification c’est qu’elle est modulaire. En d’autres termes il est possible de traiter les trois classes séparément. Mais elle obéit aussi à une hiérarchie linéaire qui permet un apprentissage plus aisé de la technique de la perspective. En effet l’élève de l’apprenti peut commencer par la perspective linéaire qui est, pour ainsi dire, strictement mathématique. Elle obéit aux règles de la géométrie euclidienne même si elle traite aussi des problèmes sphériques. Ensuite il peut passer à la perspective des couleurs en faisant intervenir cette fois la physique avec la notion de spectre. Enfin il faut traiter la perspective d’effacement qui revient à introduire l’élément biologique via la capacité de séparer ou pas les choses dans une vision angulaire. Cette hiérarchie n’est pas absolue et c’est pour cela que nous le caractérisons de modulaire car il est a priori possible de changer l’ordre du traitement des perspectives même si l’un d’entre eux est plus économique et plus naturel que les autres.

« Peintre, ne fais pas décroître tes couleurs dans la perspective plus que les figures qui portent ces couleurs. »

Leonardo da Vinci ne se contente pas de classer, il prodigue des conseils en établissant des règles d’harmonie.

« Et n’accélère pas plus la perspective linéaire que celle des couleurs, mais conduis la diminution de l’une et de l’autre perspectives suivant les règles. »

A nouveau, il établit une structure des données qui permet au peintre d’organiser son art via la technique de ses connaissances.

« Il est vrai cependant que dans la nature, la perspective des couleurs suit toujours ses lois, alors que celles des grandeurs est arbitraire, parce qu’on peut rencontrer une petite colline près de l’œil et au loin une montagne énorme ; et de même pour les arbres et les bâtiments. »

Par cette remarque Leonardo da Vinci effectue une différentiation de fond. Il met en évidence l’aspect relatif des grandeurs à travers la notion de distance, qui dépend de l’observateur mais aussi l’universalité des caractéristiques de la lumière. Cette mise au point n’aurait pas manquer de plaire ni à Maxwell ni à Einstein. La pensée de Leonardo da Vinci n’appartient pas seulement à son époque.







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