De la psychologie du combat à la défense des droits de l’homme

N. Lygeros




Dans le domaine de la stratégie, nous savons combien la psychologie du combat est importante même si celle-ci est par nature controversée. Pourtant le résultat des recherches dans ce domaine, n’est absolument pas utilisé par les défenseurs des droits de l’homme. De manière plus spécifique, les survivants ne subissent que les conséquences de la psychologie du combat. Aussi ils ont une tendance naturelle à les répercuter sur leurs enfants et plus généralement leurs descendants. Car un homme selon la psychologie du combat regorge de peur. Ainsi dans le cas d’un génocide, nous avons une amplification des capacités de l’ennemi qui est en l’occurrence un bourreau. L’erreur commise consiste à transposer des structures propres au combat et plus généralement à la guerre alors que les bourreaux exploitent le fait que la résistance des victimes n’était pas organisée face à une destruction systématique. Les bourreaux exploitent de plus le concept de guerre totale sans l’existence d’un ennemi, au sens militaire du terme. En psychologie du combat, nous savons depuis longtemps que le soldat doit être sans cesse occupé afin d’éviter qu’il soit victime de sa propre peur et surtout qu’il ne la communique à ses combattants. Le problème intrinsèque des descendants des survivants du génocide c’est qu’ils ont rarement l’occasion de s’occuper de manière effective. Ainsi ils représentent un milieu excellent pour la propagation de la peur. De plus, comme ils subissent aussi le génocide de la mémoire, la propagation devient une véritable contamination. En psychologie du combat, le soldat est sollicité par ses instructions à activer ses armes offensives. Il garde une certaine forme d’initiative qui est la plupart du temps absente dans le milieu d’un peuple génocidé. L’absence d’une organisation claire et efficace ne permet pas de hiérarchisation conceptuelle. Pour ceux de nos lecteurs qui ne sont pas encore convaincus, nous leur demandons de rechercher dans la lutte contre un génocide l’équivalent des notions de duel, action, engagement, bataille, campagne et guerre. La problématique que nous mettons en évidence c’est que l’appareil étatique qui a mis en place le génocide, ne se contente pas d’être passif. Il suffit pour s’en rendre compte d’associer aux outils que sont la peinture, la musique, le rythme, les sonneries, les clameurs, les uniformes, les équivalents dans une manifestation qui va à l’encontre de la reconnaissance. Pour les Arméniens il suffit de se souvenir des manifestations turques et de la taille de leurs drapeaux ainsi que des cris scandés. Pour le régime turc il s’agit d’une véritable guerre, le génocide de l’oubli, et il utilise naturellement tout l’arsenal qu’il a à sa disposition. Il est donc nécessaire pour les défenseurs des droits de l’homme d’être au minimum au courant des techniques employées afin de non seulement résister mais prendre aussi l’initiative sur certains points spécifiques. Car il ne suffit pas de défendre une cause juste pour être efficace. Il faut aussi être efficace à l’encontre des bourreaux et ceci présuppose des connaissances élémentaires dans la psychologie du combat.







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