Éléments de réflexion sur une vision européenne de la Chine

N. Lygeros




Une approche conventionnelle de la Chine par rapport à l’Union Européenne consiste à la comparer aux États-Unis. Cette comparaison qui a un sens non dénué d’intérêt dans un cadre strictement économique, n’est pas adaptée sur le plan stratégique, car il existe une différence conceptuelle. Les États-Unis sont, il est vrai, une grande puissance mais celle-ci est nouvelle. Elle n’a pas d’épaisseur temporelle. Les États-Unis représentent, historiquement parlant, une extension de l’Europe. Nous pouvons tergiverser sur les différences culturelles néanmoins elles appartiennent au même substrat. La différentiation ne s’est effectuée qu’à une époque relativement récente. Elle s’est accentuée avec la guerre froide qui a transformé l’Europe en champ de bataille stratégique pour les États-Unis et l’Union Soviétique. Cependant cette vision idéologique est en train de tomber en désuétude, en raison de l’effondrement structurel que nous connaissons. Il en est de même pour la Chine. Restreindre le segment conceptuel de la Chine à la période maoïste ne constitue pas seulement une volonté dogmatique mais une erreur géopolitique. La vision européenne doit respecter beaucoup plus l’ontologie diachronique de la Chine. La période maoïste a certes transformé l’empire du milieu en une autarcie conceptuelle qui a tendu pendant des années au confinement. De plus la restructuration de la société que représente la révolution culturelle a laissé très peu d’initiatives extérieures en partie en raison de divergences tactiques avec l’Union Soviétique. Aussi il est difficile pour l’Union Européenne, qui est elle aussi une structure relativement récente, d’avoir une vision de ce type de la Chine. Pourtant de la même manière que nous réalisons que l’Union Européenne s’appuie sur un socle européen, il est essentiel de comprendre que la Chine actuelle s’appuie elle aussi sur un socle Chinois multiséculaire. La Chine que nous appelons toujours de manière identique, alors qu’elle ne cesse d’évoluer dans le temps est une entité complexe qui nécessite une vision globale. Même ses schémas mentaux sont radicalement différents de ceux de l’Union Européenne et ce même dans un cadre synchronique. Plaquer le modèle américain sur l’Europe ou la Chine est une simplification outrancière qui ne permet pas de voir mais uniquement de regarder ce que nous décrivons. Il est aussi nécessaire de la décontextualiser du syndrome asiatique. La Chine n’est ni le Japon, ni le Vietnam, malgré des éléments de convergence. Et il en est de même pour l’Inde. La Chine maîtrise l’art de la stratégie depuis des siècles voire des millénaires. Elle n’est donc pas un nouveau venu sur le plan mondial. Elle n’est pas non plus réduite à une entité dont il ne faut retenir que l’explosion démographique. Nommer la Chine, Chine et non Union chinoise est une erreur cognitive qui apparaît ne serait-ce que dans le domaine linguistique. Notre approche de la Chine se résume paradoxalement à l’approche effective de celle-ci. Nous ne l’approchons pas encore alors qu’elle s’approche déjà de nous. Voilà pourquoi la compréhension de la Chine constitue un véritable défi pour l’Union Européenne.







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