Sur la nature stratégique de l’espace européen

N. Lygeros




En raison de la stabilité temporelle de l’Union Européenne depuis le Traité de Rome de 1957, nous avons une vision essentiellement statique de l’espace européen. Certes la série des élargissements apporte des changements d’ordre géostratégique, mais la position de la France et de ses partenaires immédiats demeure invariable sur le plan strictement géographique depuis l’entrée de l’Espagne et du Portugal dans l’Union Européenne. Cette invariance locale induit une invariance globale dans notre noosphère et cela provoque des chocs avec la réalité européenne effective comme nous avons pu le constater dans le cadre de la campagne pour le traité constitutionnel. Un autre phénomène vient renforcer cette vision, c’est la concentration qui est faite sur les frontières internes. Malgré l’espace Schengen, la France considère les pays de l’Union Européenne selon un gradient en terme de sûreté, surtout vis-à-vis de l’immigration. Ainsi malgré la taille de cet espace qui comporte actuellement treize des vingt-sept états membres de l’Union Européenne, la France continue à avoir une sorte de pare-feu en plus de la structure européenne proprement dite. Dans tous les cas, la nature stratégique de l’espace européen n’est pas une donnée de facto de la population européenne qui ne se trouve ni à l’interface avec le monde extérieur, ni à la frontière. Alors que le front stratégique de l’espace européen se trouve naturellement à cet endroit. L’extension de l’Union Européenne ne pouvait se faire du côté occidental (Portugal, Espagne, France, Angleterre, Irlande) ni du côté méditerranéen (Espagne, France, Italie, Malte, Grèce, Chypre) grâce au plus important élargissement en nombre de pays (10 en 2004), pas plus du côté nordique (en raison de l’association européenne de libre échange avec l’Islande et la Norvège mais aussi la Suisse et le Lichtenstein), il est naturel d’examiner le front oriental qui s’est considérablement développé. Ce développement est si important qu’il remet en cause de facto le pacte de Varsovie de 1955 même si celui-ci n’était déjà plus valable. La différence réside dans le fait que l’effondrement d’une structure est remplacé par l’absorption d’une autre. Nous sommes donc en présence d’un changement de phase stratégique. Néanmoins à l’heure actuelle, du point de vue géostratégique, il est plus adéquat de parler d’interface que de frontière car le comportement des états de l’ancien bloc de l’Est s’explique plus naturellement dans ce cadre. Nous observions encore des craintes à l’égard du passé même si la protection européenne est de plus en plus importante. Il est aussi nécessaire de mettre en exergue, surtout pour les pays baltes, la présence de l’enclave russe de Kaliningrad qui s’oppose à la notion de frontière naturelle. Sans avoir une vision offensive des frontières européennes il est important de réaliser qu’elles sont essentiellement considérées comme telles par le monde frontalier. La puissance européenne économique engendre des effets de bord à l’interface qui jouent un rôle stratégique en fin de compte. Voilà pourquoi il est indispensable de s’interroger sur la nature stratégique de l’espace européen.







free counters


Opus