Sur la thèse de doctorat d’Alexandre Carathéodory

N. Lygeros




La thèse de doctorat d’Alexandre Carathéodory a pour titre : De l’erreur en matière civile d’après le droit Romain et le code Napoléon. Elle a été soutenue à la Faculté de Droit de Paris le jeudi 16 août 1860 comme l’indique sa couverture. Le Président du jury est le Professeur Valette et les Suffragants, selon la terminologie de l’époque les Professeurs Royer-collard et Pellat ainsi que les Agrégés Labbé et Vernet. Elle est dédiée au père et à la mère d’Alexandre Carathéodory. Elle comporte une table des matières de trois pages qui est constituée en dehors de l’introduction, du Droit Romain (neuf parties) et du Droit Français.

Dans son introduction sur l’erreur en générale, Alexandre Carathéodory cite Aristote (en insistant sur le fait qu’il n’a essentiellement analysé que les erreurs dans les formes de raisonnement), l’école cartésienne, (basée sur l’idée du Discours à savoir la précipitation à juger), Condillac (qui considère que les erreurs proviennent des malentendus du langage), Bacon et sa classification quadripartie de l’erreur : idola tritus, idola specus, idola fori, idola theatri. Cependant il considère que l’erreur n’a pas été suffisamment théorisée au niveau philosophique pour obtenir une plateforme d’application à des sciences. Ceci l’amène naturellement à considérer directement l’erreur juridique sans contexte philosophique et surtout en tant qu’entité interne au droit même s’il utilise une analyse qui traite du langage pour expliciter son propos. En considérant que l’erreur est omniprésente, il ne tente pas de la dénombrer mais il se concentre sur un noyau de connaissances capable d’appréhender l’ensemble de la question de manière globale.

Il aborde ensuite le problème de la bibliographie tout en remarquant qu’elle est extrêmement pauvre. En effet le nombre de références est essentiellement dégénéré car il comporte de nombreuses répétitions des anciens commentateurs. Ainsi les guides d’Alexandre Carathéodory dans l’élaboration de cette thèse sont selon ses propres termes : Cujas, Doneau parmi les anciens romanistes et Vangerow et Savigny parmi les modernes. Cependant du point de vue méthodologique, Alexandre Carathéodory se différentie radicalement de Savigny puisqu’il préfère effectuer l’analyse de la situation sur l’erreur avant de faire la synthèse qui lui permettra par la suite de généraliser ses concepts structurants. Ainsi, il se refuse à mettre de côté les trois règles générales des Romains sur l’erreur car il considère que leur substitution par le principe de l’excusabilité ou de l’inexcusabilité de l’erreur, même si elle rend des services, ne change pas pour autant le caractère de ce principe qui est selon lui inadmissible. Il ne se contente donc pas de suivre aveuglément ses guides même s’ils sont extrêmement rares dans ce domaine du droit. Cette manière de faire confirme nos autres études sur l’ensemble des problématiques abordées par Alexandre Carathéodory puisque sa maturité est déjà incontestable à cette époque.

 

     







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