Une image, mille morts

N. Lygeros




- Je voudrais te montrer une photographie mais je n’ose pas…
- Pourquoi donc ?
- J’ai peur de ta réaction…
- Cette photographie est donc si terrible ?
- Ce n’est pas elle qui est si terrible.
- Quoi donc alors ?
- Le crime !
- Le crime ?
- Un crime contre l’humanité.
- De quoi s’agit-il exactement ? Tu sembles bouleversé.
- Il s’agit de mon histoire.
- Je ne savais pas que ton peuple avait subi un génocide.
- Je ne t’en veux pas pour cela.
- Mais je m’en veux moi-même.
- Tu n’étais pas né en 1933.
- Et je ne suis pas mort non plus.
- Tu veux toujours que je te montre la photographie ?
- Oui, bien sûr.
- Tu ne m’en voudras pas de te faire souffrir.
- N’est-ce pas cela l’amitié ?
- La voici.
Le choc est insupportable. Son ami tente de cacher la photographie.
- Non, je dois la voir car elle est dans ton âme.
- C’est vrai. Elle est gravée dans mon âme.
- Je suis vraiment désolé de ne jamais avoir prêté…
- Ne dis pas cela… Je n’osais t’en parler.
- Mais pourquoi ?
- J’avais peur d’être accusé.
- Accusé de quoi ?
- De propagande.
- Tu es fou !
- Non, mais la société est absurde.
- Ainsi certains contestent l’existence de ce génocide.
- Oui au nom de la politique.
- La mort n’est pas politique.
- Mais le crime, si.
- C’est un crime contre l’humanité.
- Seulement parfois l’humanité c’est bien peu d’hommes.
- Désormais je ferai partie de ceux-là.









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