Nos montagnes en tant qu’élément défensif

N. Lygeros




La recherche de frontières naturelles est un élément de base en géostratégie. Le problème est que cette recherche n’est pas nécessairement compatible avec l’histoire ou les préoccupations politiques d’un pays. Dans ce cas, il est nécessaire de dépasser des obstacles mentaux et de mettre en exergue les apports stratégiques d’une frontière naturelle. Il faut d’abord décontextualiser le cadre propositionnel afin de mettre en évidence des caractéristiques internes et même intrinsèques.

L’examen de la partie nord de la frontière du Haut-Karabakh correspond tout à fait à cette préoccupation d’ordre stratégique. En effet elle ne correspond pas à la frontière historique du Haut-Karabakh. Cette absence de correspondance est en réalité double. En effet dans la région du mont Mets Hinal (3367m), elle va au delà. Tandis que dans la région des monts Gomshasar (3721m) et Mrov (3340m ), elle va en deçà. Ainsi elle ne permet pas le contrôle de la région de Shahumian. La problématique est donc simple même si la solution ne l’est pas. Dans une configuration où l’aviation offensive n’intervient pas, de notre point de vue la région de Shahumian est condamnée. Un positionnement arménien à cet endroit pourrait tenir avec des forces spéciales cependant uniquement sur une courte période. Aussi l’armée ou la population se transformeraient aisément en otages. Certes sur le plan strictement stratégique nous savons que si les otages sont considérés comme sacrifiables alors la perte est pour l’ennemi. Cependant il est difficile de ne pas tenir compte du facteur humain. Aussi il est préférable de considérer cette région comme une zone tampon dans le cadre de l’intégrité territoriale du Haut-Karabakh. De la même manière si dans la région du mont Mets Hinal, la frontière est bien au delà de la frontière historique, il est nécessaire de comprendre combien il est important de la tenir. En effet nos montagnes permettent de bloquer l’ancien couloir qui existait entre l’Arménie et le Haut-Karabakh et qui augmentait considérablement la couverture de défense. Une intrusion dans cette zone ne pourrait être repoussée que dans le cadre d’une action bilatérale synchronisée qui nécessite une logistique plus avancée et des moyens tactiques. Tandis que le positionnement derrière nos montagnes permet l’existence d’une alliance naturelle entre les deux pays avec la géographie locale. L’enfoncement de cette barrière naturelle est extrêmement difficile sans appui aérien et même ce dernier ne permet pas une stabilisation durable du positionnement. Cela permet aussi de défendre l’axe Karvatchar-Dadivank qui s’appuie sur le Tartar. Car même s’il représente une solution de repli il est préférable de l’utiliser comme soutien de la montagne que comme point d’ancrage des troupes.

En somme, nous pouvons constater que ces montagnes représentent un attracteur sur le plan de la dynamique stratégique et que ce n’est pas un hasard si l’affrontement s’est stabilisé sur elles via l’action du bassin d’attraction stratégique. Il s’agit donc d’un équilibre stable positif pour le Haut-Karabakh.







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