Humanitas et Tempus VII

N. Lygeros




La guerre entre les sociétés et l’humanité se base essentiellement sur le schéma mental suivant : le hasard et la nécessité. Le hasard de l’existence et la nécessité de créer fonctionnent comme des combattants dans un duel où tout est permis. Du point de vue social, la fin justifie les moyens. La société n’a jamais rien produit de mieux que le principe de Machiavel. Quant à l’humanité nécessairement ancrée dans une axiologie afin d’évoluer, elle est prête à tous les sacrifices pour traverser le temps. La première lutte contre le temps car elle désire l’immortalité. La seconde agit avec le temps car elle connaît son caractère éphémère. Le paradoxe provient de la puissance du faible qui malgré la suprématie du fort parvient à traverser les siècles en les marquant de sa signature. La société sous l’effet de la mode, ne peut comprendre l’effet de bord et ne parvient pas à créer des structures temporelles transversales. Elle se barricade dans une tour artificielle qui n’est qu’une immense salle de torture du point de vue humain. Elle tente de faire le procès de l’humanité mais elle ne parvient pas à la conclusion du château. Elle crée un empire spatial et est en lutte avec une fondation temporelle. Incapable de gérer le temps, la société se fonde sur l’espace pour asseoir sa suprématie. En contrôlant de manière absolue l’espace territorial, elle croit qu’elle s’impose dans l’espace culturel. Certes, elle éprouve des difficultés avec certaines cultures qui semblent plus résistantes que d’autres vis-à-vis de ses attaques. Aussi elle décide parfois de commettre un génocide pour tenter de mettre les choses à plat. Seulement le droit humain commence à avoir un impact dans le domaine du droit international qui malgré les tenants de la Real Politik ne se base pas uniquement sur le pouvoir économique. En effet ce dernier n’a de sens véritable qu’au sein de la société. Car l’humanité n’a rien à vendre ni à acheter. Aussi il est désormais possible de condamner les génocides, ces crimes contre l’humanité. Les bourreaux de toute société ne peuvent plus restés impunis car l’humanité contrairement à la société, n’oublie pas. Elle peut être blessée alors que la société est insensible, mais l’humanité utilise ses blessures dans l’écriture de son histoire. L’histoire de l’humanité est certainement inutile pour la société qui ne vit que dans le présent, mais c’est justement pour cela qu’elle est magnifique. Car d’une certaine manière c’est encore plus beau lorsque c’est inutile. Dans le contexte de cette guerre entre les sociétés et l’humanité, l’utile se bat contre l’inutile, l’espace se bat contre le temps, les réalités contre une vision. Et cela nous permet de comprendre combien l’humanité est seule. Seulement cette solitude, c’est aussi la caractéristique de sa rareté pour ne pas dire son unicité. A l’instar des singularités et des anomalies, elle caractérise la noosphère comme une généralisation cognitive du théorème de Riemann sur les variétés. En d’autres termes, elle est aussi solitaire que l’essentiel. C’est le propre de son existence et non le résultat d’une fatalité. Elle est l’unité d’une structure essentielle.







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