Le chevalier sans armure

N. Lygeros





Les pierres lui déchiraient les pieds mais il ne cessa de marcher. Il devait trouver l’épée à l’étrange poignée. Il scrutait les murs à la recherche de la moindre faille. En vain. Les maçons de ce village connaissaient la technique des anciens et leurs murs étaient imprenables. C’était du moins ce qu’ils croyaient jusqu’à l’arrivée des barbares. Le chevalier sans armure s’effondra. Il pensa qu’il avait tardé à mourir. La tête à même le sol, il sentait son sang ruisseler sur ses yeux. Sa tempe était ouverte. Dans cette nouvelle réalité pourpre, il se rappela la bataille des douves. Les barbares s’étaient infiltrés comme des serpents. Ils grouillaient dans l’eau et celle-ci s’était transformée en une bête immonde à l’assaut du pont-levis brisé. Ils n’étaient plus qu’une poignée à tenir le choc face aux assaillants. Les autres étaient morts noyés par la masse. Armés jusqu’aux dents quelques heures auparavant, il ne leur restait plus que des épées pour se défendre. Aucune armure n’avait tenu sous les coups des fléaux d’armes. Mais ils étaient encore vivants comme si le seigneur avait placé sa main sur cette poignée d’hommes. Seulement la bête même blessée revenait à la charge. Et cette fois ils savaient qu’ils ne supporteraient pas le choc. Il fallait trouver une issue. Ils se tournèrent vers le mur, ils se regardèrent et ils prirent leur décision. Ils passeraient par le ciel. Ils s’approchèrent du mur et enfoncèrent la première épée dans la fente des pierres. Puis ils brisèrent l’épée de manière à créer un marchepied. Ils répétèrent cela jusqu’à ce que tous les éclats de leurs épées engendrassent un escalier de métal dans le mur. À la fin, il ne leur resta qu’une seule poignée d’épée. Ils s’échappèrent devant les yeux ahuris de la bête immonde. Sa proie ne lui avait laissé que les traces de métal. Elle devait se venger et elle s’attaqua avec violence à la porte principale de la citadelle. Ils savaient qu’elle serait rasée par les barbares. Seulement il fallait sauver les livres sacrés. Ils s’enfoncèrent dans la crypte et là ils ouvrirent les tombeaux des anciens. Ils savaient que c’était un sacrilège mais c’était le seul capable de sauver les codex. Les tombeaux s’étaient refermés sur eux. Ils attendraient la fin des siècles noirs avant de revoir le jour. Ils avaient été préparés à ce sacrifice depuis leur initiation par le maître. Le moment était venu de l’accomplir. Les pierres se firent encore plus rouges et le maître ferma les yeux pour la première fois. Il n’avait pas trouvé l’épée à la poignée étrange mais il savait déjà que les disciples accompliraient son œuvre et il mourut en paix. Il reviendrait dans quelques siècles. Ainsi s’acheva la première vie du chevalier sans armure.







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