La cheminée du scriptorium

N. Lygeros




Le guide avait retrouvé son calme après l’incident dans la crypte. Il était assis en face de la célèbre cheminée du nouveau manoir. Ce n’était pas une réplique. Des spécialistes du Moyen-Âge avaient réussi à la remonter dans le salon qui avait le rôle de scriptorium. Il avait toujours été fasciné par le feu de cette cheminée. Chaque fois que le foyer était allumé, il avait l’impression que la cheminée lui racontait des chansons de geste. C’était ainsi qu’il buvait le rare armagnac que lui avait offert un confrère, un compagnon d’armes comme ils aimaient à dire. Il se remit à lire le livre sur les tournois. Il devait se préparer pour le prochain congrès sur le code de la chevalerie. Il examinait avec attention les reproductions de miniatures lorsque le feu dans la cheminée attira son regard. Le feu s’enfonçait dans une fissure qui brillait. Il s’approcha de la cheminée du scriptorium. Dans la fissure il y avait un morceau de métal. Il prit une pince et après beaucoup d’efforts il réussit à désenclaver le métal brûlant. C’était un morceau d’épée. Une épée du Moyen-Âge tout à fait caractéristique. C’était un segment de lame. Cela lui rappela la légende de la bataille des douves. Il s’était laissé aller, pensa-t-il. C’était sans doute l’effet de l’armagnac. Pourtant il n’avait pas encore fini son verre. Non, cela devait être autre chose. L’explication était peut-être le remontage de la cheminée. L’éclat provenait d’ailleurs. Quelle était la probabilité que ce fut l’un des segments utilisés pour marcher vers le ciel selon l’expression de la légende? Elle était très faible, cela était certain. Mais comment aurait-il pu exclure cette possibilité. Il examina à nouveau le morceau d’épée et il se rendit compte qu’elle portait une décoration gravée. C’étaient des lettres de fer, selon la terminologie arménienne. Or il savait que l’un des codex des gisants avait un titre arménien. Ainsi l’un des disciples du chevalier sans armure serait d’origine arménienne. Et son épée, du moins l’un de ses morceaux, s’était fichée dans la cheminée. Il faudrait réexaminer l’ensemble des données. La légende commençait à posséder des éléments historiques et cela ne pourrait manquer d’intriguer ses confrères. Pourquoi n’avait-il jamais vu cet éclat avant ce jour? Il regarda son fauteuil et remarqua qu’il n’était pas à sa place. Il avait été déplacé et sa position était tout à fait incongrue après réflexion. Etait-ce seulement dû au hasard ou à la nécessité? Sa découverte tenait peut-être des deux. En tout cas, il aima encore plus sa cheminée qui avait conservé en elle un morceau de la légende du chevalier sans armure.







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