L’art du maître

N. Lygeros




Le maître du temps n’avait pas d’école à proprement parler. Il ne recherchait pas des disciples. C’étaient ces derniers qui venaient à lui par nécessité car ils éprouvaient à un moment de leur vie le sentiment d’humanité. Le maître du temps avait connu la chatoyante panoplie des couleurs héraldiques, les gueules, l’azur, l’or, le sang ainsi que la prouesse des vaillants chevaliers. Mais il avait aussi vu la morne succession de mauvais cavaliers chargeant dans le plus grand désordre et sans la moindre gloire, devant une poignée de spectateurs morts d’ennui. Il avait tourné la page des tournois car la guerre contre la barbarie était devenue une nécessité humaine. Aucun code d’honneur n’avait résisté à cette invasion barbare. Aucune largesse, aucune bravoure ne pouvait lutter contre la bête immonde. Il avait fallu changer de stratégie car l’humanité courait à sa perte. C’était alors qu’il avait décidé de quitter son armure. Elle était devenue encombrante. Elle ne correspondait plus à ce nouvel affrontement où tout était permis. Il fallait travailler sur le mental des hommes. C’était la seule manière d’être efficace face à la masse de l’ennemi. Il avait travaillé le corps avec la force de l’esprit. Car il fallait être capable d’attaquer là où l’ennemi ne pouvait même pas l’imaginer. Aucun obstacle ne devait être insurmontable pour ses hommes. A mains nues, ils étaient capables de venir à bout de murs infranchissables. Il leur avait appris l’art de la mort. Aucun autre ne pouvait lutter contre l’invasion. Ses disciples excellaient toujours dans un domaine avant de le rencontrer. Les uns manoeuvrant l’épée avec dextérité, les autres les massues, d’autres encore, le fléau d’arme. Dans tous les cas, ils ne savaient comment affronter le chevalier sans armure. Aussi il leur apprenait comment leur unique arme pouvait se transformer en talon d’Achille, si leur esprit n’était pas celui du combattant mental. L’épée, la massue ou le fléau d’arme n’étaient que des objets. Rien ne pouvait être équivalent à la force de l’esprit. Tel était l’enseignement du maître du temps. C’était ainsi que le chevalier sans armure avait formé un bataillon mental auquel rien ne pouvait résister. C’était la raison pour laquelle il était devenu le pire cauchemar des barbares. L’accomplissement de leurs missions engendrait un tel impact sur l’ennemi, qu’il en abandonnait certaines positions. Seulement, le maître du temps savait que le choc le plus important n’avait pas encore eu lieu. Aussi il commençait à préparer le groupe des gisants. C’était l’élite de son bataillon. Ils étaient cinq unis comme les doigts d’une main et cette main, c’était la main du chevalier sans armure. Car une poignée suffisait à ouvrir une porte même si celle-ci était considérée comme sublime.







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