Voix fascinantes

N. Lygeros




Qui pouvait entendre l’œuvre du maître ? Telle était la question que se posaient les gisants pendant la traversée des siècles. Ils avaient ressenti la présence et l’absence de nombreuses sociétés qui se croyaient les unes plus importantes que les autres. Néanmoins elles avaient été incapables d’influencer l’évolution de l’humanité en quoi que ce fût. Seules quelques voix fascinantes avaient su toucher l’humanité. C’était ainsi qu’ils entendaient l’œuvre du temps à travers la pierre de la crypte. Rien de superficiel et d’indigne ne pouvait laisser une trace sur leurs corps pétrifiés. Le maître leur avait appris à entendre le sens à travers l’écoute des sons. Les sociétés n’étaient quant à elles que du bruit que le vent temporel se hâtait d’emporter loin d’ici. Ils se souvenaient encore malgré le passage des siècles des leçons du maître sur l’art d’écouter. C’était l’unique moyen de saisir les pensées des hommes et des femmes. Tandis que les gens faisaient beaucoup de bruit pour rien. Seulement ils étaient si peu à le savoir que cela ne dérangeait personne. C’était pour cette raison qu’il était si difficile d’entendre la douleur humaine. Tandis que le maître du temps n’écoutait que cela. Il était capable de faire abstraction de tout le reste. Les voix fascinantes comme disaient les gisants, c’étaient les voix humaines qui avaient traversé les siècles pour se faire entendre. Ils étaient tous les cinq la mémoire du maître et il était leur avenir. Seulement ils devaient se rencontrer après plusieurs siècles dans un temps que seul le maître connaissait. Ils devaient le reconnaître grâce aux voix fascinantes. Ils étaient à l’écoute du monde mais les voix fascinantes tardaient à venir. Néanmoins ils devaient se tenir prêts car ce temps pouvait arriver à tout instant. C’était comme s’ils attendaient le début d’une musique car dans le temps ils demeuraient aveugles. Telle était la raison de la présence des codex. Leur assemblage permettrait de localiser le chevalier sans armure. Pendant ce temps, ils continuaient à échanger leurs pensées sur le monde. Ainsi le maître pouvait les entendre à tout moment. C’étaient leurs voix fascinantes qui donnaient du courage au maître lorsque sa tâche était trop rude. Il savait qu’il ne ferait appel à eux qu’au pire des moments lorsque la barbarie commettrait un crime contre l’humanité. Mais pas avant car il avait besoin de toute leur puissance pour résister au choc. S’ils étaient gisants, c’était pour mieux mourir. S’il était mort, c’était pour vivre un peu plus. Juste assez pour la grande bataille. Il ne s’agit plus d’un simple tournoi mais d’une véritable joute. Une seule civilisation supporterait l’attaque de l’anéantissement et il faudrait être là. Il s’était préparé à cela et il posait déjà ses pièges et ses issues dans le temps car la violence du choc serait telle que même un requiem ne le supporterait.







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