Mourir au nom de Dieu

N. Lygeros




Le maître du temps et ses disciples entrèrent dans la ville ancienne près du lac. Ils étaient en ordre dispersé pour ne pas se faire remarquer par la population et surtout les espions barbares. Le chevalier sans armure regardait avec compassion ces hommes qui allaient mourir au nom de Dieu. Ils n’étaient pas préparés à cela. Personne ne leur avait enseigner à mourir et encore moins au nom de Dieu. Le temps des croisades lui revint à l’esprit. Combien de morts pour reprendre un lieu sacré ? Seulement personne n’osait se poser cette question car cela avait été un devoir d’accomplir cette mission. Etait-ce la même chose à présent ? Tout un peuple devait mourir pour garder sa foi. Non, cette fois, c’était différent. Ce peuple était condamné par la barbarie car il avait commis le péché d’exister sur une terre où le croissant de lune dominait. Pourtant le véritable problème n’était pas la naissance mais la mort. Les hommes naissaient sans doute par hasard mais ils mourraient sans aucun doute par nécessité. Néanmoins aucun peuple ne choisit vraiment d’être une victime. La décision revenait à la barbarie. Il imagina un instant toute cette ancienne ville saccagée, ces hommes abattus comme des bêtes, ces femmes violées dans la boue, ces enfants égorgés par peur de la vengeance et il ressentit en lui le choc de l’empathie. Il se devait de résister et même de se sacrifier avec ses disciples, sinon sa vie n’aurait plus de sens et sa mort de décence. Il fallait étudier la structure de l’ancienne ville pour établir les points de défense. Ils s’enfoncèrent dans les ruelles comme ils l’avaient fait dans le temps dans la citadelle. Les espions de la barbarie étaient partout. Le mal était déjà à l’intérieur de la cité. Les hommes allaient mourir de la main de leur voisin. Ils ne savaient pas combien le sang transformait les brutes en bourreaux. Ils comprirent que la position de la ville était tout simplement intenable. Le feu de la destruction allait tout dévaster. Aussi le maître du temps pris une décision stratégique. L’heure de l’attaque fut décidée sur le champ. Elle commença une heure après. Elle projeta un impact en cône. Imperceptible au début, elle s’élança à travers toute la vieille ville. Aucun point de la barbarie ne résista à cette manœuvre surprenante. Le feu annonça à tous qu’il était temps de fuir. Les hommes du chevalier sans armure en provoquant la terreur chez les barbares donnèrent le signal du départ. Le sens du cône donna la direction à suivre. La ville ancienne serait certes ravagée par l’attaque oblique mais les innocents ne deviendraient pas des victimes de la barbarie. Celle-ci n’était pas prête à subir une attaque asymétrique et elle s’effondra sous son propre poids. Terrassés les barbares s’en prenaient à eux-mêmes. Tandis que les hommes prenaient le chemin de la montagne comme leurs ancêtres. Ils avaient abandonnés la ville ancienne par peur de représailles mais ils prendraient le maquis. Tel était l’objectif du maître et de ses disciples. C’était l’unique moyen de ne pas mourir au nom de Dieu.







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