Des déplacements massifs au génocide

N. Lygeros




Un des problèmes intrinsèques des échanges de population, c’est la notion de déplacement massif. Ceci n’est pas étonnant en soi car elle peut représenter une étape vers le génocide. En effet les déplacements massifs permettent d’une part de manipuler la population déplacée et d’autre part de la mettre en contact avec une autre population qui ne la voit pas de manière positive. La déstabilisation que provoque un déplacement massif sur la population est considérable. Elle perd ses repères non seulement spatiaux mais aussi temporels. Le système lui offre un avenir qui n’est qu’une répétition du présent social en la privant de passé. Cette population doit se reconstruire et intégrer le tissu social d’une autre population pour ne pas subir de phénomène de rejet. Seulement si le déplacement massif a lieu dans des circonstances extrêmes comme le froid pour le génocide des Pontiques ou comme la faim pour le génocide des Ukrainiens, il devient alors véritablement un acte génocidaire. Le système utilisé par le génocideur consiste à augmenter les frictions internes qui apparaissent inexorablement dans la logistique. Cela permet au système d’avoir des effets secondaires dont il n’est pas directement responsable aussi il ne peut facilement être accusé par la suite dans la phase de reconnaissance. Seulement l’analyse du processus génocidaire montre que le déplacement massif est un moyen de restructurer en centralisant les points d’impact. Ainsi les camps d’extermination étaient rendus efficaces par les déplacements massifs. Sans ces derniers, il aurait été tout simplement impossible d’éliminer autant de personnes en si peu de temps. Ainsi le déplacement massif apparaît comme un moyen de rendre systématique une élimination. C’est justement cette propriété qui conduit à la notion de génocide. Il est donc nécessaire de le considérer comme un critère car il peut être employé de manière indirecte. Une façon de faire pour le système consiste à le provoquer via des actes de répression spécifique afin de terroriser la population. Cette méthode a été utilisée le 6 septembre 1955 par le régime turc contre la population grecque de Constantinople, mais aussi au moment de l’invasion turque en 1974, de l’île de Chypre. Même si ces deux cas sont d’une part un pogrom et d’autre part un crime de guerre, ils entrent bien dans un cadre génocidaire. Car malgré la non continuité du phénomène qui permettrait de conduire clairement à la notion de génocide, ce sont des instantanés provoqués dans le même but, à savoir engendrer un déplacement massif qui produit un changement de phase exploitable sur le plan politique. Aussi nous ne devons pas voir dans le déplacement massif une forme raisonnée et raisonnable de résoudre un problème conflictuel. Car cette prétendue résolution n’est qu’une étape critique.







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