À côté du pourquoi

N. Lygeros

Traduit du Grec par A.-M. Bras




Près des fleurs de fer du lac, un couple.

Myrsini : Je t’ai blessé ?
Michel : Ca ne fait rien…
Myrsini : Je sais que je t’ai blessé. Ne mens pas.
Michel : J’ai seulement dit qua ça ne faisait rien. Ce ne sont pas des mensonges.
Myrsini : Donc je t’ai blessé.
Michel : Oui, mais ça ne fait rien.
Myrsini : Le sujet n’est pas de savoir si ça fait quelque chose ou non. Simplement je ne veux pas te blesser.
Michel : Ca ne peut pas se faire autrement.
Myrsini : Mais, pourquoi ?
Michel : Parce que tu fais partie de mon monde.
Myrsini : Et qu’est-ce que ça veut dire ça ?
Michel : Je suis responsable de toi.
Myrsini : Même si je ne le veux pas.
Michel : Je suis le passé et le futur.
Myrsini : Mais je ne vois que le présent.
Michel : Regarde moi.
Myrsini : C’est ce que je fais…
Michel : Non, tu regardes ton amour.
Myrsini : Je me trompe ?
Michel : Non, simplement tu ne vois pas l’humanité.
Myrsini : Il faudrait ?
Michel : Tu as raison, ça n’a pas de sens.
Myrsini : Alors qu’est-ce qu’il y a ?
Michel : La passion.
Myrsini : Ce n’est pas ce qui te blesse ?
Michel : Non, la société.
Myrsini : Comment vivre autrement ?
Michel : Dans la société.
Myrsini : Et pour nous qu’est-ce que ça signifie ?
Michel : Que les autres existent.
Myrsini : C’est toi que je veux, pas les autres.
Michel : Et moi aussi, mais seulement les autres existent.
Myrsini : Et tu dois te sacrifier pour les autres ?
Michel : Seulement mourir.
Myrsini : Je te veux vivant, tu entends ! même blessé mais vivant.
Michel : Je le sais. Je ne te laisserai pas.
Myrsini : Tu es mon homme !
Michel : Je suis ton humanité.
Myrsini : Regarde le soleil. Que vois-tu ?
Michel : la justice.
Myrsini : Même injuste, je te veux.
Michel : Je n’ai pas choisi d’être juste.
Myrsini : Alors, pourquoi ?
Michel : Il le fallait.
Myrsini : Pourquoi ?
Michel : Je ne peux pas oublier les victimes.
Myrsini : Tous l’ont fait et que s’est-il passé ?
Michel : Les justes ne les ont pas oubliés.
Myrsini : Combien penses-tu qu’ils soient, les justes ?
Michel : Très peu.
Myrsini : Et tu penses que tu vas réussir ?
Michel : C’est la raison de notre existence.
Myrsini : Non ! Je te veux pour moi.
Michel : Je vis pour toi.
Myrsini : Mais tu meurs pour les autres.
Michel : Je mourrai aussi pour toi.







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