Leçon de passion

N. Lygeros

Traduit du Grec par A.-M. Bras




Dans la pièce avec le piano.

Michel : Je vous ai interrompu ?
Ange : Je travaillais le quatrième mouvement…
Michel : Maestoso, Allegro.
Ange : Non troppo !
Michel : Juste, comme le premier, non troppo…
Ange : Vous l’avez travaillée aussi ?
Michel : Ce qui est rare me touche. Cette sonate montre aussi quelques limites.
Ange : Dans les mouvements  « extérieurs ».
Michel : Exactement. Mais je suis sûr que vous les avez déjà surmontées.
Michel : Ce n’est pas ce que je dirais. L’écriture de Mitropoulos est riche et comporte tant d’innovations que…Silence.
Michel : Continuez, ça m’intéresse.
Ange : L’intégration de rudiments traditionnels est savante en effet.
Michel : J’imagine que vous faites spécialement allusion au piano.
Ange : La structure de la symphonie est différente.
Michel : Ni Brahms, ni Bartok.
Ange : Non, encore plus loin. Un temps. Tout seul.
Michel : Un roc ?
Ange : Un phare sans lumière.
Michel : Dangereux…
Ange : Oui, très. Un temps. Mais je ne suis pas seul.
Michel : Vous avez votre magnifique cheval noir.
Ange : Seulement je me sens si petit.
Michel : L’océan est toujours grand.
Ange : Que voulez-vous dire ?
Michel : Il n’est pas seulement ennemi des hommes.
Ange : Comme le temps aussi. Un temps. Je vais préparer du café.
Michel : Bon. Silence. Je vous accompagne ?
Ange : Si vous voulez... Je me demande ce qu’Agathe dira ?

Ils vont dans la cuisine.

Michel : Héraclite aussi travaillait dans la cuisine.
Ange, riant : C’est la seule chose qu’elle ne dira pas. Un temps. Sucré ?
Michel  : Oui, merci.

Ange chauffe le café.

Ange : Ma mère le fait toujours avec de la mousse.
Michel : Elle fait bien !
Ange : Les musiques traditionnelles vous touchent ?
Michel : Ce qui concerne l’homme me touche.
Ange : Agathe a un point de vue différent.
Michel : À propos de quoi ?
Ange : À la votre… Silence.
Michel : Même l’abstraction s’ajoute !
Ange : Bien entendu. Un temps. Pour elle vous êtes un monstre de savoir.
Michel : Le monstre me suffit.
Ange : Je ne voulais pas vous blesser.
Michel : Les monstres ont de la résistance aussi.
Ange : Mais ce n’est pas dommage ? Un temps. Vous vous dévouez pour les hommes et eux ne voient que le monstre.
Michel : Que voudriez-vous qu’ils voient d’autre ?
Ange : Simplement l’homme qui boit un café avec un ami.
Michel : Qui le regarderait ?
Ange : L’océan qui voit même les phares sans lumière.
Michel  : Vous voyez, Agathe a raison.
Ange : Elle changera d’avis quand elle vous connaîtra.
Michel  : C’est votre amie et cela me suffit. Buvant son café. À Agathe !







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