L’interdit VI

N. Lygeros




L’interdit passa en jugement comme il l’avait prévu. De cette manière, il pourrait enfin rencontrer ceux qui avaient organisé la rafle des disciples. Le juge d’instruction tentait de lire ses pensées. Mais l’interdit le lui interdit.

- Vous êtes donc allé dans le village du vieux fou qui se surnomme lui-même maître d’école.
- J’ai tout de suite compris qu’il était dérangé.
- Ce n’est pas ce que me disent mes informateurs.
- Il ne cessait de parler de son école. Alors que je savais bien qu’elle n’avait jamais existé.
- Ce n’est pas tout à fait exact.
- Comment ? Elle existait donc ?
- Cela vous intéresse ?
- Absolument pas.
- Alors pourquoi poser cette question ?
- Vous avez raison. Elle n’a pas de sens.
- Peu importe. Il y avait bien une école. Cependant...
- Cependant ?
- Le vieux fou n’était pas le maître.
- Qui était-il alors ?
- L’un de ses disciples.
- Le maître avait donc des disciples.
- Pas vraiment. Les autres étaient juste des élèves.
- Tandis que le vieux fou...
- Lui était un disciple et son aveuglement nous a causé bien des soucis.
- Son aveuglement ?
- Il a été aveuglé par les livres.
- Les livres, je ne comprends pas.
- Vous ne connaissez donc pas ce mot ?
- Si bien sûr. C’est ce que la loi sociale interdit.
- Vous vous souvenez donc de la loi sociale ?
- Comment faire autrement ?
- Comme tous les autres ! Vous n’étiez pas né lorsqu’elle a été décrétée.
- La tradition orale vous savez.
- Ne me prenez pas pour un imbécile.
- Je n’oserais pas.
- Dans notre société, il n’existe pas de tradition orale. Le problème reste donc entier. Comment vous souvenez-vous d’une loi oubliée de tous ?
- Comme vous, je suppose...
- C’est impossible.
- Je ne vois pas pourquoi.
- Il faudrait que vous ayez accès aux archives de l’État.
- Et elles sont secrètes j’imagine.
- Certainement.
- Alors je suis une erreur.
- De cela je suis certain mais je ne comprends pas votre existence dans le système...
- de la perfection.
- Exactement.
- Serais-je une erreur byzantine ?
- C’est possible mais je ne le pense pas. Vous êtes isolé.
- Alors une conséquence de la théorie de Gödel.
- Si vous connaissez Gödel, la situation est plus grave.
- Pourquoi donc ?
- Car il appartient au peuple inexistant.







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