Sur la destruction des cimetières arméniens en Turquie

N. Lygeros




Désormais la destruction des cimetières arméniens en Turquie est incontestable. Certes, certains d’entre nous se posent encore la question de savoir si cela est systématique. Il est vrai que cette question est importante dans le cadre d’un processus génocidaire puisque le caractère systématique est nécessaire. Néanmoins la situation actuelle qui est celle du génocide de la mémoire est amplement suffisante pour monter un dossier d’accusation et mettre en place un recours à la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Même si pour certains d’entre nous, il n’est pas encore temps de revendiquer les territoires occupés de manière directe, car il faut nous armer d’outils procéduraux et politiques à l’instar de l’Artsakh,
nous pouvons dès à présent effectuer des recours qui concernent directement les tombes saccagées sans attendre une étude complète des lieux par les moyens modernes des Nations Unies. Les évidences photographiques justifient à elles seules de mener une action dans ce sens. Les cas sont extrêmement simples car une simple estimation locale suffit. Il ne s’agit pas de décrire l’ensemble du cimetière mais précisement la tombe dont nous connaissons le propriétaire ou plus exactement l’héritier. De plus comme la procédure est individuelle, il n’est pas nécessaire d’attendre une initiative de grande envergure. Il est plus judicieux de commencer par certains cas spécifiques afin de démarrer le plus rapidement possible les recours internes de la Turquie et passer à la phase européenne ensuite. Cette procédure est effective et efficace. Aussi nous devrions cesser de nous lamenter sur notre sort car la politique turque dans ce domaine demeure barbare depuis des décennies et elle ne se contente pas d’une seule cible. Nous avons des cas identiques à Imvros et Ténédos, à Constantinople et à Chypre en territoires occupés. Pourtant cela ne nous a pas empêché à Chypre dans le village de Leukonikos d’effectuer une étude globale de la situation et de retrouver des noms oubliés de personnes enterrées. Bien sûr la situation en Turquie même semble plus délicate mais nous ne devons pas oublier qu’en territoires occupés à Chypre, il y a tout de même 40.000 hommes de troupe et que ceci représente le record mondial de densité militaire. Aussi nous devons affronter les difficultés pas à pas, en pensant que rien n’est irrémédiable car nous avons le droit pour nous. Cependant dans le cas précis de la destruction des cimetières, il est important de réaliser que le retard que nous prenons pour réagir a des conséquences radicales sur la conservation des vestiges. Il en est de même pour les églises. Sans attendre l’examen officiel de l’UNESCO en territoires occupés à Chypre, nous avons pris des initiatives afin de clore les fenêtres de certaines églises saccagées afin qu’elles ne soient pas de plus détériorées par les intempéries. Cette action ne remet pas en cause l’examen archéologique qui doit de toute manière être mis en place. Elle permet par contre, comme cela a été le cas à Chypre, de sauver certaines fresques qui auraient été perdues sans cela. Nos devons donc agir à plusieurs niveaux mais surtout ne pas tomber dans le piège de la bureaucratie. Nous avons à notre disposition tout un ensemble d’instruments que nous sommes en droit de nous servir. Tout cela ne dépend pas du bon vouloir de la Turquie mais seulement de notre propre dynamique de résultat face au génocide de la mémoire que commet la Turquie.







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