L’Artsakh en tant que sommet stratégique de l’Arménie

N. Lygeros




La conception contemporaine de l’Arménie ne permet pas de comprendre la complexité géostratégique de celle-ci. Considérer l’Arménie comme l’un des produits de l’effondrement de l’Union Soviétique efface toute possibilité de l’approcher dans un cadre dynamique qui englobe les spécificités de l’Artsakh. Comment comprendre l’apport de l’Artsakh pour l’Arménie sans la décision à l’autodétermination des peuples le 25 septembre 1917 prise par le gouvernement provisoire, sans la notion de fédération hypercaucasienne, sans le traité de Brest-Litovsk du 3 mars 1918 dans le cadre des revendications par rapport au traité de San Stefano de 1878? De plus, il est nécessaire de replacer la problématique de l’Artsakh dans celle de la Cilicie. Car cette dernière est plus connue dans le cadre de la géostratégie française. Par contre, si nous analysons celle du Royaume-Uni dans le Caucase alors nous comprendrons combien l’Artsakh est important du point de vue stratégique. En effet, le Royaume-Uni craignait que l’Allemagne n’étendît son influence sur l’Arménie et via le sommet stratégique de l’Artsakh ne finisse par contrôler les puits de pétrole de Bakou. De plus elle ne voulait pas déranger l’Union Soviétique car celle-ci maintenait son contrôle sur le front oriental de l’Allemagne. Aussi le Royaume-Uni a permis à Staline de séparer la région de l’Artsakh de l’Arménie. Par ailleurs, nous ne devons pas oublier le fait que la reconnaissance de l’Arménie et de son gouvernement du 19 janvier 1920 s’effectue de facto sans comporter des points clairs en ce qui concerne les frontières. Ceci est la suite des déclarations d’indépendance de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan en Mai 1918. Cependant, le choix de la Géorgie de se retrouver sous l’égide de l’Allemagne avait eu pour conséquence de faire éclater la Fédération. Cette fois dans un cadre beaucoup plus contemporain, il nous faut rajouter la volonté turque de présenter la nouvelle Turquie - qui n’a bien sûr rien à voir avec l’Empire Ottoman (sic) - comme le grand frère des enclavés musulmans dans les Balkans, mais aussi des états de l’Orient. Son action sur l’Azerbaïdjan est on ne peut plus claire, et correspond à l’extension de sa sphère d’influence. Dans tous les cas, la combinaison de l’ensemble stratégique de l’Artsakh et de l’ensemble énergétique de l’Azerbaïdjan, est explosive dans le contexte géopolitique. Il est donc nécessaire de repenser l’Artsakh non comme une simple extension géographique de l’Arménie, mais comme véritablement un point stratégique central. Cette nouvelle approche doit être le cadre de réflexion dans le cadre des pourparlers avec le groupe de Minsk. Nos interlocuteurs doivent comprendre que nous n’entrerons pas dans un jeu de dupes où tout le monde ferait semblant de résoudre un simple problème de frontière. L’Artsakh se caractérise par ses montagnes. Ses montagnes ne sont pas seulement un symbole dont certains diplomates voudraient nous priver. L’enjeu est d’ordre stratégique et il l’est depuis le début, bien avant le conflit pour sa libération. Il ne s’agit pas simplement d’un jeu de cartes, ni d’une manipulation diplomatique. Du point de vue strictement stratégique, nous avons le schéma mental d’un dipôle structurel qui comporte un pic stratégique et un point énergétique. En tant que système dynamique, il engendre un lien structurel entre les deux, qui est perpendiculaire à la frontière des deux états. C’est un point ombilical, et en tant que singularité, il perturbe son voisinage.







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