Albert Camus : la résistance des droits de l’homme

N. Lygeros




Dans le monde de l’indifférence et de l’oubli, il est difficile d’imaginer. Un premier homme l’a fait pourtant après avoir rédigé sa lettre à un ami allemand. C’était le même qui avait écrit contre la pendaison de l’étudiant grec. Il faut l’imaginer heureux à l’instar d’un Sisyphe car il avait compris que l’absurde via sa compréhension était une forme de liberté. Il aurait pu n’être qu’un malentendu pour la société mais l’humanité en a décidé autrement car elle a vu en lui un juste. Ce juste, c’est la résistance des droits de l’homme. Cet homme, c’est Albert Camus.

Dans le monde de la misère intellectuelle, les misérables et leur grandeur ont été remplacés par des miséreux sans envergure qui ne voient dans les droits de l’homme qu’une utopie humaniste sans aucun intérêt pour la politique réaliste qui est sensée gérer le monde contemporain. Seulement l’histoire du monde ne peut s’écrire de cette manière même si elle peut s’effacer de cette façon. C’est ainsi que nous pouvons interpréter l’apport d’Albert Camus dans le combat des droits de l’homme. Car avant même de les revendiquer, il faut pour ainsi dire admettre leur existence. Albert Camus ne s’est pas contenté d’un existentialisme dans ce domaine. Il a axé sa lutte sur l’humanisme. En recadrant le rôle de l’homme dans le champ opératoire de la société, il a remis en cause la suprématie des systèmes qui manipulaient et manipulent les masses. C’est en ce sens qu’il parle de l’homme révolté. Il suit l’esprit prométhéen qui représente un humanisme audacieux qui ne se contente pas d’être. Aussi il ne conçoit pas sa réalité sans action et son action sans résultat. Il ne s’agit donc pas d’une forme passive du savoir. Conscient d’être en lutte avec le pouvoir, il mène son action en s’appuyant sur deux schémas mentaux fondamentaux pour l’humanité, à savoir, la résistance et le sacrifice. Albert Camus a connu les deux et nous pouvons affirmer en raison de cela, que son œuvre et sa vie ont atteint une forme certaine de complétude. En tant qu’intellectuel, il a montré que nous ne pouvions tout tolérer même en l’absence d’une morale a priori. Dans cette évolution de la nature humaine face à la barbarie, l’œuvre d’Albert Camus montre la voie. A l’instar de la nomologie et de son rôle sur l’esprit des lois, la déontologie camusienne transcende les contraintes factuelles afin de démontrer leur caractère arbitraire et subversif. Le combat au sens littéral du terme d’Albert Camus durant la seconde guerre mondiale est tout à fait révélateur de sa pensée. Conscient de la responsabilité de l’intellectuel face à la condition humaine, il ne s’est jamais laissé dirigé par les grands courants et les modes de pensées préétablis. Indépendant dans l’esprit, il s’est opposé à toute forme de répression aussi bien matérielle que mentale. Loin des discours conventionnels, même sa prise de parole lors de la remise du prix Nobel de littérature, est associable à sa vision du monde et de la justice. Son existence démontre aux yeux de tous que l’humanité a un sens. Cette humanité qui le caractérise, a été le fer de lance de son écriture où il a toujours recherché l’essentiel sans s’occuper le moins du monde des détails superfétatoires de la société. C’est ainsi qu’il a montré à travers son œuvre que même les systèmes les plus autoritaires doivent tenir compte de la résistance des droits de l’homme. Telle est la révolution camusienne.







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