Traverser le ciel sans que la mer le sache

N. Lygeros




Il fallait inverser le stratagème chinois. Telle était la pensée du comte. Sinon le sacrifice de la tour n’aurait pas de sens. Il fallait s’élever sans lever les soupçons. L’orient et l’occident continuaient les explications avec l’hospitalier. Ce dernier avait dépassé le cap de la surprise. Il était maintenant conscient de la nature de ses interlocuteurs même s’il ne parvenait pas encore à les cerner complètement. Malgré tout il savait désormais qu’il n’était plus seul dans cette guerre du temps et que ce qu’il avait accompli dans le passé n’était pas à perte. Tout le travail de la résistance du passé prenait un sens dans cette nouvelle lutte. Les Anglais avaient le contrôle de la mer et il était difficile de faire sans. Aussi l’accès au ciel était nécessaire. C’était le seul moyen de transformer les vagues en pierre. La tour serait construite en vagues de pierre. Tel était le principe du nouveau stratagème conçu par le maître de guerre. Il ne suffisait plus de se battre sur terre et le bleu serait la nouvelle terre du chêne. Car la lutte vers les sommets suffisait à rendre heureux et ce, malgré le savoir. Il n’était plus possible de prendre trop de précautions parce que cela rendait les mouvements impossibles. Or la marge de manœuvre était réduite à sa plus simple expression. La dissimulation absolue était dépourvue de sens. La défense française devait s’ouvrir. Le comte avait conçu une nouvelle variante pour lutter contre le système des Anglais. Seulement il fallait tenir le choc du sacrifice et l’hospitalier était un allié de poids. Ils se devaient donc de le convaincre à s’engager. À cet instant exactement, le comte entendit une musique. Elle provenait du ciel. Il ne voulut pas l’interpréter. Il en connaissait déjà le thème. C’était celui de la nécessité. Aussi il ne dit rien et se contenta de lire le silence des notes. Les autres étaient près de lui et il était prêt à tout. Le maître de guerre contempla à nouveau la cheminée. Elle serait donc la tour qui donnerait accès au ciel sans que la mer n’en prit connaissance. Toutes les langues se mélangeaient mais la pensée était unique. L’hospitalier le regarda attentivement. Le comte s’était mis à écrire quelques notes comme pour transcrire le silence de ses pensées. L’orient et l’occident avaient cessé leurs explications. Ils attendaient le moment propice sans interrompre le cheminement de la pensée. Ils étaient chevaliers et la noblesse n’était pas un simple artifice ni une abstraction superfétatoire. Leur ami acheva sa lettre et apposa son sceau étrange venu d’un autre temps.

- Voilà, ceci est pour vous, dit-il et donna la missive à la femme de l’hospitalier.
- Puis-je la lire? demanda-t-elle.
- Pas encore...
- Comment saurais-je alors?
- Le temps...
- Vous partez sur le champ?
- À l’instant.
- Attendez un peu. Elle embrassa son mari et toucha la main gantée du maître de guerre. Elle serait sa protection.
- Que le temps soit avec vous.







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