La contre-attaque dans l’ailleurs

N. Lygeros




Les armures étaient pesantes et peu d’hommes pouvaient les supporter après la rage d’un combat. Cependant ces hommes existaient et c’étaient eux que le comte avait à ses côtés. Les hommes de troupe ne pouvaient plus soutenir l’effort. Il fallait un nouveau stratagème. Plus personne ne pouvait imaginer une nouvelle attaque. Pourtant elle était nécessaire. Le comte avait résisté à l’assaut avec ses hommes. Maintenant il fallait tenir le siège. Pour sauver la France, il fallait libérer Orléans et pour cela, le sacrifice de la tour était nécessaire. L’ordre avait été lancé. Les hommes levèrent peu à peu la tour sans que le maître du pont-levis n’y prit garde. Une fois levée, la tour ne payait pas de mine car elle avait été montée à l’envers. Ainsi les Anglais ne comprirent pas le stratagème et ne purent prendre d’initiatives pour parer efficacement le coup de la tour. Celle-ci se mit en mouvement en direction des remparts. Les hommes poussaient cet immense monticule de bois sans saisir complètement la manœuvre. La défense française s’était donc ouverte pour permettre le sacrifice de la tour. La tour était à présent au bord de l’eau. L’inutile objet, ce morceau de bois sans échiquier était sur le point de remplir sa mission. Le coup était insensé et pour cette même raison, impossible à parer. La tour s’accrocha au ciel et se jeta par-dessus l’eau du fossé. Dans sa chute, elle entraîna un morceau des remparts. Elle avait réussi à ouvrir une brèche sans se hisser jusqu’aux remparts mais en les écrasant de son propre poids à l’instar d’un fléau d’armes. La tour inutile se transforma en pont pour devenir fléau. Ce fut ainsi que se déroula la prise d’Orléans. Seulement si le stratagème avait fonctionné, c’était en grande partie grâce à une femme exceptionnelle. Elle répondait au nom de Jeanne d’Arc. Totalement inconnue, elle avait surgi du néant pour donner courage aux troupes françaises. Elle aurait pu n’être qu’un pion dans cet échiquier temporel. Mais elle avait su se hisser au rang d’une dame blanche malgré la folie des hommes. Le comte l’avait croisée du regard et avait saisi l’ampleur de sa souffrance intérieure. Son avenir était certain. Elle serait accusée pour le sacrifice de la tour. Sa victoire temporelle l’avait condamnée. Malgré tout elle irait jusqu’au bout. L’histoire serait donc écrite de son sang. Cette pensée tourmenta le comte. Pouvait-il en être autrement? C’était peu vraisemblable. Fallait-il tout essayer? Oui, car elle le méritait. Cependant si les événements devaient mener cette tour au bûcher, alors il faudrait tout faire pour que ce sacrifice ne demeure pas vain. C’était le seul moyen de lui rendre hommage. Une martyre ne suffirait pas à la cause du peuple français, il fallait une sainte pour venir à bout de la perfidie des Anglais. Et cette sainte c’était Jeanne d’Arc. Elle aurait pu devenir une femme mais les fleurs de lys en avaient décidé autrement. Elle avait offert sa vie en sacrifice sans compter sur le moindre retour. C’était pour cette raison que le comte avait décidé de ne pas l’oublier malgré les insultes et les menaces qui grondaient déjà dans les rangs de la boue, qui ne pouvaient supporter la pureté de cette femme, la dureté de cette flamme et la bonté de son âme.







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