Transcription de la lettre 10 de R. Fraïssé à N. Lygeros (18/09/1990)

N. Lygeros




Le 18/9/90 1

Les lettres mettent 7 jours pour traverser l'océan
alors que les voyageurs mettent 7 heures : donc
je posterai à mon arrivée à Paris.
Merci de ta lettre du 5/9/90-2460 transmise par
Ivo Rosenberg et que je relis en commençant par
la fin. Les 4 dernières lignes m'intriguent évidemment.
(1) Tu te doutes que l'on peut tout me dire et tout
me montrer, et que mon amitié n'est pas
altérable par quelque attitude marginale, au
moins tant qu'elle respecte ma propre liberté.
Ton texte mystérieux est aussi difficile à interpréter
que la mécanique quantique. Je m'attends à une
punkitude avec cheveux en crête de coq, ou à une
homosexualité ostentatoire, ou à un gandisme exprimé
par le symbole et portrait de Che Guevara sur
ton tee-shirt, ou à une queue de cheval façon Jésus
(ou plutôt façon Socrate jeune) ou au contraire à un
aspect skinhead. Mais peut-être est-ce plus grave
et plus émouvant : un handicap physique que tu
surmontes admirablement par une activité scientifique
et éditoriale débordante? Je ne me permettrai plus
aucune allusion, excepté si toi-même m'en reparles.
(2) C'est surtout le premier vers de ton quatrain que
j'apprécie : je suis immobilisé et ensablé par la communauté scientifique,
et si je pense au firmament, qui est pour moi la
ramification, je pense surtout à ma destruction
et cherche à transmettre ce que je peux de mon message
avant la maladie ou l'accident destructeur. Mais je
me montre horriblement égoïste en ramenant tout
à moi, y compris ta poésie.
(3) Je ne t'ai pas donné encore mon opinion sur ton article
HOMO SCIENTIS parce que ce texte m'a paru philosophique
donc destiné à être relu avant qu'on puisse se faire une
opinion. Ainsi la musique doit être re – entendue avant
qu'on sache si on l'aime (*) . En plus, j'ai rêvassé en
me demandant quels sont tes rapports avec la fille de
24 ans (je crois me souvenir, le texte est resté à Marseille)
à qui tu dédies l'article. Cela paraît idiot pour un vieux
crapaud de rêver aux amours des jeunes, mais c'est ainsi.

(*) tu aimes la 9eme, d'accord; mais je préfère le 2ème mouvement de la 7ème, toujours par Ludwig van

 







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