À la queue ! À la queue !

N. Lygeros




Avant la reconquête de Paris, il y eut la signature du Traité d’Arras. Le comte était bien conscient qu’il ne s’agissait nullement d’une paix. La guerre n’était pas encore finie et il restait beaucoup à faire. C’était une réconciliation, du moins dans les manuscrits car la réalité était autre. Il ne fallait voir dans cette signature que l’arrêt d’une série de vengeances, rien de plus, rien de moins. Certes la guerre ne serait pas plus propre, même si elle serait moins sale. Rien n’était simple. Car Philippe le Bon conservait Amiens, Corbie, Montdidier et Quentin ainsi que les dons de l’ennemi, Auxerrois, Bourbonnais, Mâconnais et Ponthieu. Charles VII avait compris que choisir, c’était se priver. Il s’était privé mais il avait choisi. Et le temps savait que c’était un bon choix malgré les privations. Pendant ce temps, le comte avait rejoint Paris. Il avait échappé de peu à un complot. Il était dans l’air du temps. De plus, il fallait saper les défenses de la garnison anglaise et Dieu savait combien d’hommes, il était nécessaire de former pour mettre à mal deux mille hommes de troupe. Le réseau était l’unique solution. Seule sa robustesse pouvait résister aux assauts de la masse anglaise. La percolation temporelle fut activée dans la capitale afin de prendre le contrôle, non pas du pouvoir, mais de l’initiative. Dans des circonstances de la sorte, le tempo était crucial. Le comte mit à profit toutes ses connaissances échiquéennes pour bloquer l’ouverture anglaise et développer la défense française. La préparation de l’insurrection se fit imperceptiblement. Au sein des complots anarchiques, une nouvelle stratégie se mettait en place tel un son dans le bruit. Les clefs de l’insurrection seraient les portes. Tel avait été le schéma mental choisi par le maître de guerre. L’ennemi anglais était absorbé par la nouvelle occupation de Pontoise. Il fallait donc forcer le gain car tout était une question de coordination temporelle désormais. L’augmentation des frictions devait désorganiser la garnison anglaise. Cette dernière ne savait où donner de la tête. Elle était assaillie de toute part. Prise en tenaille, elle ne pouvait tenir sur tous les fronts. Malgré la disgrâce, Richemont n’avait pas hésité à apporter son secours à Orléans. Maintenant, il était aux portes de Paris. Les hommes du Comte n’avaient cessé de diffuser le message de la renaissance. Ainsi le conseiller de la Chambre des Comptes, Michel de Lallier avait été convaincu. Il était donc prêt à ouvrir la ville de Paris à Richemont. Il n’attendait plus que le signal. Celui-ci vint du Nord, de la porte Saint-Denis. C’était à cet endroit que le chevalier à la rose avait amassé toutes ses épines pour lutter contre la perfidie. L’insurrection supporta le choc de la riposte et obtint le précieux gain du tempo. Ainsi Arthur pénétra du Sud via la porte Saint-Jacques. N’était-ce pas un juste retour des choses, s’était dit le comte en repensant à la noblesse de la jacque. Richemont se rendit à Nostre-Dame. Tel avait été le motif choisi. Cette fois, la musique dominait enfin sur le vacarme. Les Anglais furent obligés de s’enfuir car ils furent incapables de tenir la Bastille. Alors le peuple de France reprit courage. C’était le commencement de la fin. La messe était finie et tout le monde savait pour qui avait sonné le glas. Ainsi le comte entendit avec joie, les huées adressées à l’ennemi anglais : À la queue ! À la queue !







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