Artsakh et le changement de phase

N. Lygeros




L’Artsakh qu’on le veuille ou non n’est plus une région enclavée, une république autoproclamée ou un pays sécessionniste. L’Artsakh est une entité à part entière. Ce n’est pas un état non reconnu mais un état de facto. Les spécialistes s’occupent bien sûr de la notion d’état de jure mais cela ne veut pas dire pour autant que la population se trouve dans une position d’expectative. La communauté internationale peut continuer à s’interroger sur le statu qu’il faut lui conférer mais les faits sont là. Malgré les tergiversations turques, les protestations azéries, l’Artsakh existe bel et bien. L’Artsakh ne se contente pas de sa Constitution de 2006, ni de son président élu au suffrage universel en 2007, en 2008, il organise le premier Congrès international sur ses perspectives géopolitiques. Cela signifie entre autres que l’Artsakh ne se contente plus de survivre, pas d’exister mais revendique à présent ouvertement ses droits sur le plan international. Dans l’échiquier international il ne joue certes pas cavalier seul mais cela ne veut pas dire qu’il s’agit d’un pion que l’on peut aisément manipuler. Le parrainage arménien et bien évidemment russe continue d’exister mais il n’est plus d’ordre intellectuel. Le rôle de l’Artsakh ne se réduit pas à celui d’une petite pièce dans un immense puzzle. Conscient de sa valeur géostratégique, l’Artsakh représente une singularité qui ne peut facilement être lissée pour être considérée comme une simple extension de l’entité arménienne. Il est préférable d’intégrer l’idée que l’Artsakh est un nœud dans un réseau plus vaste qui est celui de la diaspora arménienne. Et ce réseau est beaucoup plus robuste à l’encontre des attaques azéries et turques que la simple relation de vassal avec l’Arménie. Les positions de Yérévan et de Stépanakert sont proches mais elles ne sont pas identiques. Et ceci est désormais une configuration dont il faut tenir compte si nous ne voulons pas commettre des simplifications outrancières qui n’ont qu’une seule propriété à savoir celle de dégénérer le problème. Car sur le plan dynamique, même si l’Arménie constitue une variété lorsqu’elle est considérée au niveau historique, il n’en demeure pas moins qu’elle est entre autres, caractérisée par la singularité que représente l’Artsakh. Ce dernier a déjà démontré dans le passé qu’il ne craignait pas les combats inégaux. Aussi pourquoi devrait-il craindre des menaces qui n’ont d’impact que dans le domaine de l’information virtuelle. Les menaces virtuelles azéries s’effondrent devant la réalité de l’Artsakh et ce, malgré tous les stratagèmes journalistiques mis en jeu. La guerre informationnelle n’a de sens que lorsque les deux joueurs demeurent dans l’espace virtuel. Seulement l’Artsakh continue à créer peu à peu mais sûrement, sa réalité. Aussi ce pays qui n’existe pas pour certains, ce pays qui appartient à l’utopie pour d’autres, parvient non seulement à résister aux attaques de ses ennemis ataviques, mais aussi à engendrer un nouveau cadre de réflexion où la réalité arménienne acquiert une autre dimension. C’est en ce sens là que nous pouvons réellement parler de grande stratégie de petits états car ces derniers se sont formés dans les petites guerres qui n’ont abouties que grâce à de grandes idées. Voilà pourquoi l’Artsakh est une révolution humaine face à la barbarie.







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